C’est une histoire de rencontre. De celles qui vous emportent.
On se croise, on se toise, et immédiatement on sait. Comme si l’on reconnaissait l’autre. Comme si quelque chose, déjà, nous liait. Qu’il s’agisse d’une douce histoire d’amour ou d’une passion fulgurante, l’évidence est là. C’est instinctif, de l’ordre de la pulsion. Une reconnaissance.
Pillion dit cela.
Une veille de Noël, Colin, qui chante dans un bar, croise la route de Ray.
Ray est charismatique, peu loquace, de ces hommes qui parlent peu mais savent charmer par leur simple présence, magnétique. Colin, lui, est inhibé, timide, presque effacé. Il n’en impose pas. Sa discrétion, un peu maladroite, lui confère pourtant un charme réel.
Ses parents, lassés de le savoir encore à la maison, lui ont organisé un date… rendez-vous qui sera écourté par la rencontre fortuite avec Ray.
Débute alors une relation traversée par des rapports de domination, dans laquelle les deux hommes devront apprendre à se défaire de leurs traumas, de leurs blocages. De leurs peurs.
Car tous deux ont solidement verrouillé leur armure.
Colin est choyé par des parents débordants d’amour, qui souhaitent le voir s’émanciper mais ne lui en laissent, paradoxalement, guère la possibilité. On apprend rapidement qu’il a eu un jumeau sans doute décédé. On peut imaginer que cette absence a resserré les liens familiaux autour de l’enfant restant, Colin, alors très, trop, protégé.
De son côté, Ray est un bloc de glace. Il ne semble aimer que sa moto, qu’il soigne comme on le ferait d’un enfant.
Tous deux ont construit un mur : Colin, finalement assez confortable chez ses parents ; Ray, réfugié dans une solitude qui le protège du manque et de la déception. Seule sa communauté de bikers gravite autour de lui.
Le choc de leur rencontre est bien esquissé, même si, au départ, il peut sembler traité avec une certaine légèreté. Les liens se tissent vite, peut-être trop vite, et je me suis surprise à craindre que le sujet ne soit qu’effleuré.
C’était sans compter sur la violence d’un départ, remarquablement mis en scène.
Le film nous dit, au fond, que la difficulté n’est peut-être pas tant de s’ouvrir… que de supporter ce qui advient une fois ouvert.
Le long chemin à parcourir pour (re)trouver la confiance.
Et trouver le courage de se donner.
