Ce film est rendu vivant par la petite fille qui y tient le rôle principal.
Elle est l’incarnation même du charme. Belle, aux joues rondes et aux mollets musclés, elle va et vient et est de quasi chaque plan du film.
Elle, c’est Lamia. Elle vit à la campagne avec sa grand-mère, seule adulte qui s’occupe d’elle.
Le film se déroule dans l’Irak de Sadam Hussein en 1990 : période marquée par les sanctions, la pénurie et la propagande.
Lamia et sa grand-mère incarnent cela. Elles vivent avec le strict minimum. Très chichement. L’amour plane tout autour car sa grand-mêre est aimante mais l’on sent la difficulté de vivre… Les besoins vitaux sont à peine comblés.
Le réalisateur s’est inspiré de souvenirs réels de son enfance pour tisser la trame de son récit.
Il existait bien un culte de la personnalité autour du président : portraits un peu partout, célébrations obligatoires, anniversaires fêtés à l’échelle nationale…
Ici c’est Lamia qui est tirée au sort parmi les élèves de sa classe, pour préparer le gateau, et le film montre bien que tout manquement à ces obligations pouvaient avoir des conséquences sérieuses dans un régime autoritaire, où l’échec ou la désobéissance vous exposait à des risques réels.
On l’aura compris, ce film illustre par le menu les limites et les manquements aux droits humains fondamentaux imposés par toute dictature.
Mais ce qui imprègne le film de toute sa grâce, c’est sans conteste le courage et l’abnégation de Lamia.
Lorsque la plupart (et on ne leur en voudra pas, le bourrage de crâne est une horreur) entendent obéir corps et âme à leur maitre par peur de représailles (j’entends par ici qu’ils ânonnent les phrases de propagande qu’on leur demande de réciter pour « rendre gloire » à leur président, Lamia semble plus réfléchie, plus posée, plus dans la mesure, bien que décidée et active. On la sent toujours prête à l’action ! Mais toujours après réflexion.
Elle embrasse alors cette mission avec une détermination farouche, prête à tout pour parvenir à confectionner le gâteau.

S’ouvre dès lors une épopée d’une journée hors du commun, où Lamia se voit contrainte de faire des choix, mobilisant réflexion et sang-froid.
Pour illustrer cette réflexion et ce sang-froid, une scène d’une maitrise saisissante, qui me restera longtemps en mémoire.
“L’homme au poulailler”, cet homme qui semble soudain trop gentil, trop généreux, pour l’être véritablement au vue du contexte j’entends, entraîne Lamia vers un lieu inconnu.
Lorsqu’ils franchissent les portes, une foule en mouvement envahit le cadre et nous dérobe la vue. L’angoisse monte immédiatement : l’endroit paraît trop sombre, trop opaque pour être rassurant. On tremble pour Lamia, si courageuse jusque-là.
Puis la foule se disperse. La caméra ajuste sa focale et nous dévoile enfin l’envers du décor… un cinéma.
Le soulagement est bref. Très vite, la tension reprend le dessus.
Notre intuition ne nous trompait pas : Lamia était bel et bien en danger. Mais elle possède des ressources insoupçonnées.
Oui, le charme et l’intelligence à l’état pur.
