Valérie Donzelli nous a dit lors de l’avant première durant laquelle j’ai eu la chance de voir ce film, avoir cherché à illustrer une certaine grandeur dans la simplicité et dans la sobriété.
Son film est à cette image.
D’une sobriété confondante de laquelle émane une vérité, une sincérité et une jolie façon de voir la vie d’artiste, et notre époque aussi.
Paul est ce que l’on appelle communément, même si cela n’a rien de commun, un artiste. Autrefois photographe, et reconnu semble t-il, il a fondé un foyer qui vu naitre deux enfants aujourd’hui jeunes adultes.
Il a délaissé la photographie pour se mettre à écrire. Ses deux premiers romans se sont vendus correctement, sans pour autant que ses ventes ne lui permettent de maintenir son train de vie. Le film s’ouvre alors que sa compagne s’apprête à partir vivre au Canada avec leurs deux enfants et qu’il est sur la point de rendre son appartement, devenu beaucoup trop grand et au dessus de ses moyens.
Le film s’attardera alors à refléter sa perte de moyens financiers et son incapacité à livrer un troisième roman convenable.
C’est bien la première fois que je vois ce sujet abordé au cinéma (le scénario est adapté du roman du même nom). Et la réalisation toute en souplesse et délicatesse apporte au sujet toute sa profondeur.
Etre artiste c’est quoi au juste ? Comment créer lorsqu’on ne peut se chauffer, manger à sa faim et vivre confortablement ? On a trop vite fait de songer au bon vieux cliché du « poète maudit » qui parvenait à extirper de ses tripes quelques vers ou toiles sublimes sous les effluves seules de l’alcool ou de quelque substance… Certes il en existe et il compte toujours aujourd’hui…
Mais l’époque est révolue ? C’est quoi être un artiste aujourd’hui, précisément dans cette société capitaliste dans laquelle vivre simplement (comprenez vivre sans le sous) signifie vivre durement…
A l’heure où beaucoup appellent à la décélération de la consommation, ont-ils seulement conscience de la réalité de ceux qui doivent tout compter et choisir entre se chauffer et manger à sa faim, pour ne pas parler de l’impossibilité à songer au superflu.
Ce film, cette réalisation dit beaucoup sans trop en dire justement, avec cette sobriété bienvenue que j’évoquais en début d’article.
Des talons hauts qui se détournent, un regard fuyant ou inquisiteur… Ces gens qui nous entourent et se questionnent « car vous n’avez pas la gueule de l’emploi »… « Vous n’avez pas l’air d’un vrai pauvre »…
C’est quoi être un vrai pauvre aujourd’hui ?
Bastien Bouillon trouve une justesse remarquable dans le rôle de cet homme à la croisée des chemins, dont la détermination, aussi claire que radicale, trace une ligne dont il refuse toute déviation.
C’est franchement beau et ça laisse songeur…
Il y a bel et bien des esclaves modernes excessivement bien payés dans cette société…
