AMHA (A Mon Humble Avis)

Rue Malaga

Posted by Barbara GOVAERTS

Le film m’a emportée dès les premiers instants. Quelle joie de retrouver cette femme, cette actrice que j’ai découverte chez Almodóvar dans son sublime Volver !

Car oui, le film vaut pour son actrice principale : Carmen Maura, qui dégage une puissance incroyable.

Elle est parfaite dans le rôle de cette femme veuve, plutôt esseulée il faut bien le dire, mais qui habite son quotidien d’une énergie enjouée et colorée, dans son quartier de toujours, à Tanger, là où elle est née.

Maria Angeles est connue de tous. Et c’est cette vie locale qui s’impose dès les premières minutes, comme pour poser à la fois le décor et l’atmosphère douce et paisible qui imprègne le film.

Mais la solitude pèse. Alors lorsque sa fille unique annonce son arrivée pour quelques jours, le bonheur est au rendez-vous.

Sauf que sa fille arrive avec une annonce difficile : elle vend la maison. Celle dans laquelle Maria Angeles vit depuis toujours.

Le film évoque en toile de fond ces Espagnols qui, dans les années 1930, pour fuir le fascisme franquiste, ont immigré à Tanger, au Maroc.
La plupart sont repartis après la fin du régime. Maria Angeles et son mari, eux, ont choisi de rester. Tanger est sa ville. Cette maison, son ancrage.

Sa fille vit à Madrid et a tout prévu : elle souhaite que sa mère vienne s’installer chez elle, avec ses deux enfants. L’occasion, pense-t-elle, de passer davantage de temps en famille.

Mais c’est sans compter sur le désir de liberté de Maria Angeles, sur son attachement viscéral à sa ville et à sa maison.

Le film parle ainsi d’exil, d’enracinement, de désir, de renouveau.

Désir et renouveau, oui…

Si le film s’ouvre sur un chaud-froid : la joie des retrouvailles vite assombrie par l’annonce, il se déploie ensuite avec allant, espièglerie, enjouement, entrain et même une vraie jubilation.

C’est tout ce qui caractérise cette femme.

Le film raconte tout cela en couleurs et en formes. On y voit des corps qui s’aiment, qui rient ensemble, qui se toisent, qui se désirent…

C’est à la fois bouleversant et grisant. Car ces corps sont ceux du dernier âge de la vie. Ils sont courbés, fripés — il faut oser le dire, car c’est sublime ! On nous a trop fait croire qu’un corps beau est un corps forcément jeune, svelte et ferme. Ces corps sont alors, peut-être marqués par le temps, mais ils sont vibrants. Bien plus vivants, parfois, que ceux de trentenaires déjà épuisés par les injonctions et les inquiétudes.

Vive le renouveau de la sexualité, des éclats de rire et de l’émancipation tardive !

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