J’aime la façon dont on entre dans ce film.
Le générique nous donne à entendre une sorte de rap pour que nous soyons ensuite plongée dans une atmosphère qui nous laisse sans précision aucune de l’époque à laquelle se déroule le film.
On pourrait aussi bien être au XIXème siècle comme de nos jours.
Puis retentit une sonnerie de téléphone facilement reconnaissable, celle de l’iPhone.
Débute alors le film, totalement contemporain.
Et j’aime que ce film soit très ancré dans notre époque. Ainara est une jeune femme de 17 ans qui s’apprête à passer le bac. Elle et ses amies étudient dans un lycée catholique et vivent par ailleurs leur vie d’ado « comme il se doit ».
Ainara vit avec son père et ses deux petites soeurs. Leur maman est décédée il y a quelques années, on apprendra qu’elle souffrait de troubles mentaux.
Après nous avoir présenté Ainara, le film s’attèle à nous présenter son père, un papa aimant, un peu dépassé par les événements, seul avec ses trois filles, quelques problèmes financiers pour courronner le tout. S’il est tout à fait présent, il ne respire pas le bonheur ni l’épanouissement.
Dans la sphère familiale également, Tia Maité : la soeur du père, son mari et leur fils. Maité est l’autre personnage clé du récit. Aimante, très proche de sa nièce, on voit qu’elle remplit avec toute l’affection qu’elle porte à sa nièce, le rôle de la figure féminine manquante dans la vie d’Ainara. Elle est tout à la fois une confidente, un pillier et un repère.
Mais Maite est a un tournant de sa vie. Mal dans son couple, bien que son mari soit présent et d’une gentillesse assez peu commune comme le dit sa mère « un mari gentil comme ça, ça ne se quitte pas », elle doute et aurait tendance à se replier sur elle même, où au contraire, à aller s’immiscer dans la vie de sa nièce.

Brèche qu’elle va saisir lorsqu’Ainara annonce à sa famille qu’elle est appelée par Dieu et qu’elle songe à s’engager auprès des soeurs de son école.
Les dimanches questionne alors les mystères de la foi et de l’appel. De l’engagement envers Dieu.
Sans jamais juger, le film entend questionner cet appel et le remue ménage qu’il crée auprès de la personne appelée et de son entourage.
J’ai aimé que le film nous emmène jusqu’aux limites du jugement pour finalement fissurer nos certitudes plutôt que de les confirmer.
Bien sûr, voir Ainara s’engager à 17 ans, alors qu’elle a encore si peu vécu, qu’elle n’a jamais aimé, qu’elle n’a pas voyagé, nous déstabilise. Spontanément, on a envie de lui suggérer de retarder sa décision, comme si l’expérience du monde devait forcément précéder toute forme d’engagement spirituel. On se range alors assez naturellement du côté de Maité.
Et puis le film déplace notre regard.
Nous nous retrouvons, presque malgré nous, du côté du père. Lui qui, de prime abord, semble baisser les bras et envisager cette vocation comme une solution pratique : pas d’études à financer, un cadre structurant pour sa fille, fait émerger un trouble : est-ce du renoncement, du pragmatisme, ou une forme de confiance silencieuse dans le choix d’Ainara ?
À cet endroit, le film ne nous installe pas tant dans la neutralité que dans une zone d’inconfort moral, où juger devient moins évident.
