Ce qui me frappe déjà, outre ce titre teinté d’ironie, c’est la réalisation toute en douceur de cette réalisatrice bien connue désormais du cinéma indépendant américain qui jusque là il faut le dire…. ne m’avait pas agréablement surprise par son travail.
Son cinéma, c’est un peu l’art de se perdre, et sans doute avais-je besoin de (me) trouver… Les méandres de ses récits me procuraient la désagréable sensation de stagner dans ma vision et ma perception du film.
En clair, je me faisais suer !
Joie donc d’avoir mieux vécu et perçu ce film que les précédents (que je n’ai pas tous vus, loin de là). J’ai été plutôt fascinée ici par la presque douceur qui se dégage de ce film et des situations somme toute brutales et compliquées qui font le récit. Mais ici, jamais personne ne hausse le ton, personne ne râle, on garde son mal être pour soi, on tait ses émotions. Je ne dis pas que j’aspire à cela, c’est même tout le contraire.
Mais j’ai de suite adhéré au récit de cet homme qui ne s’est pas encore trouvé. Il est marié, père de deux enfants et ses parents vivent au sein même du foyer. Tu parles d’une émancipation !
J’ai de suite ressenti le mal être de cet homme situé dans une sorte d’entre deux : pas vraiment « fils de » car il s’en défend, mais sait en jouer lorsque cela peut l’aider (trouver de l’argent ou se dédouaner d’un fait qui lui est reproché), pas vraiment mari, pas vraiment père… Il vivote et l’on sent qu’il n’a jamais véritablement pris de décisions de sa vie. Il va au musée avec sa famille car c’est là l’enseignement qu’il a reçu mais il ne semble pas tant « vivre » le moment.
Il est au chômage, sa femme trime pour deux et subvient aux besoins du foyer, lorsqu’il décide de se prétendre la tête pensante d’un projet de braquage. Avec deux amis, ils prévoient de voler 5 tableaux de maitre dans le musée de la ville. Tout est pensé dit-il alors qu’il n’a rien prévu du tout… du moins pas au delà du vol en lui même.
C’est là que l’ironie du titre joue : JB est le « cerveau » (the mastermind ndlr) de cette affaire comme je suis triple championne en titre de rugby !
Comme tout dans sa vie jusque là, il navigue à vue, il avance sans plan ni projet… Il se laisse porter sans grand enthousiasme.
Le cinéma de Kelly Reichardt dit tout cela. Cette lenteur, cette répétition du geste, cette presque paralysie, cette monotonie, ces sujets de discussions que l’on place sous le tapis car on ne sait jamais si c’est le bon moment de les amener… Pour finalement passer à côté de sa vie.
Sa réalisation évoque cette platitude et cette presque lassitude de vivre. Elle montre sans rien en dire de précis mais par un simple regard ou mouvement de caméra, le vide, la cassure qu’il aura créée au sein de sa famille démantelée. Et si le ton est plutôt enlevé, certaines scènes m’ont arraché une émotion certaine.
La réal choisit d’ancrer son film dans les 70’s de Nixon, avec la guerre du Vietnam en arrière plan et cette gronde de la jeunesse qui se sent incomprise et délaissée… et milite pour obtenir un autre destin que celui d’aller se faire massacrer à la guerre.
C’est ce contexte politique et social qui nimbe le film de cette atmosphère tout à la fois feutrée et contenue, comprenez : qui ne permet nullement l’expansion, l’afranchissement, la libération…
Le portrait d’un homme imbriqué en lui même, contenu et menoté.
