AMHA (A Mon Humble Avis)

Le Mage du Kremlin

Posted by Barbara GOVAERTS

Ce que je retiens déjà de ce film c’est la voix douce et posée du personnage interprété par Paul Dano. Une douceur qui s’impose d’elle même, avec fermeté.

La délicatesse toute en puissance en somme.

C’est là l’aura des plus influents.

Ce personnage c’est Baranov, l’architecte du pouvoir russe. L’homme qui fit monter puis accéder Poutine au pouvoir.

Les russes, alors perplexes face à la fin de mandat fatiguée d’un Boris Eltsine malade, disent avoir besoin d’un leader, d’un vrai. Ou est-ce seulement Baranov qui instille cette idée dans la tête d’un peuple en quête de sens et d’un nouveau souffle ?

Poutine, jeune homme politique peu locace mais fringuant, apparait alors comme étant l’homme de la situation. Il a assez d’ego pour gagner la posture de président, mais est encore assez malléable pour se laisser guider et dicter une conduite.

Le mage du Kremlin, film réalisé par Olivier Assayas, dont il a co-écrit le scénario avec Emmanuel Carrère, est adapté du roman du même nom signé par Giuliano da Empoli. Je ne connaissais rien de ce roman et ai été emportée par cette réalisation somme toute classique mais portée par un dynamisme halletant qui relate l’orchestration de la restauration de la puissance russe, de la guerre en Tchétchénie à la guerre en Ukraine, en passant par l’annexion de la Crimée.

Ce film, cette histoire c’est Poutine certes, mais c’est surtout Baranov, cet ancien producteur de télé-réalité passé par des activités professionnelles diverses, qui fascine par sa culture. Le récit montre son évolution et surtout, sa soif de murmurer à l’oreille des plus grands. D’imposer son style et son aura chez les plus grands. J’ai toujours été fascinée par ceux qui décide de rester dans l’ombre pour mieux imposer leur pouvoir et leur influence.

Face à l’actualité politique, à l’image que nous avons de Poutine, je me demandais quel serait le traitement du sujet et si le réal réussirait à être neutre. Le sujet ne se pose pas tellement ici, ce qui compte plus encore que le pouvoir mis en place, que les idées politiques du président russe, ce sont en fait les tactiques de communication, la méthode politicienne qui fut instaurée pour permettre à Poutine d’accéder au pouvoir.

Le Mage du Kremlin est clairement un pur film d’influence et de domination.

Il montre à quel point Poutine base sa plolitique sur la recherche du conflit, sur la volonté de dominer. Son objectif n’est pas tant d’être ou de devenir le plus grand président de tous les temps, il veut « être plus célèbre que Staline ». Ca en dit long sur les velléités du monsieur.

En somme, le film d’Assayas est une fusion entre différents styles, entre différents thèmes, entre différentes personnalités, entre divers aspects du monde d’aujourd’hui. Mais il y a une constante stable et un dénominateur commun : c’est le travail sur l’image.

Son film et le traitement qu’il fait du sujet politique donne à voir à quel point la politique moderne n’est qu’affaire « de com », d’image et d’influence.

Paul Dano livre une prestation hors norme, il m’a donné l’impression de se tranformer au fil du film, son physique est un atout, il est tout à la fois enfantin, effrayant par endroit, capable d’une douceur incroyable ! Il est fascinant et sans aucun doute un très grand acteur (n’en déplaise à ce boomer de Tarantino ndlr !)

Jude Law est impeccable sous les traits de Poutine. Il la réussi à incarner sa dualité : ce quasi mutisme mêlé à cette posture très masculiniste.

Bravo à Assayas (qui m’avait pour ainsi dire un peu perdue ces dernières années) pour avoir si bien mis en scène cette petite histoire du pouvoir moderne, ce merveilleux « fasconneur de fiction » et ce trublion politique crée de toute pièce.

Notre ère est bel et bien formatée.

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