Yves

Yves

Yves est un frigo. Connecté. Vous savez ce genre de machine qui passe commande pour vous lorsque vous n’avez plus de beurre ou que le bac à légumes est vide ? Yves est un frigo connecté qui entre, un beau jour, dans la vie de Jérém un rappeur plein de talent n’ayant pas encore rencontré le succès.

Si le propos du film est d’emblée loufoque, il n’est est pas moins captivant. J’étais entrée dans le film en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, tout à fait emportée par le charme des personnages et de leur parfaite alchimie ensemble. Je dois dire que j’allais principalement voir le film pour la présence de Philippe Katerine (que j’aime de plus en plus) et c’est au final le charisme et la bonhomie de William Lebghil et le sourire de Doria Tillier qui m’ont emportés. Ils sont parfait dans leur rôle respectif et forment un bien joli duo. Yves n’est pas en reste lorsqu’on en vient à parler de charme, autant le dire !

Le tout avance à un rythme parfait, les retournements sont très à propos et font de cette farce un film bien plus profond qu’il n’y parait sur fond de déshumanisation. Un sujet bien amené à l’heure où l’importance que l’on donne à nos objets et autres devices va crescendo.

De façon légère mais pas moins intelligente pour autant Yves pose la question du rôle des objets dans nos vies à une époque où la désintermédiation est au cœur. Ouvrons les yeux, on pourrait très facilement passer une journée entière sans avoir de réelles interactions avec d’autres humains et vivre (parfaitement (?) bien : télétravail, messageries instantanées, commandes Uber et consort, livraison à domicile (repas, et tout le reste). Notre smartphone et nos appareils connectés sont nos meilleurs amis ! Ils nous simplifient la vie en sachant ce dont nous avons besoin et en nous l’apportant sur un plateau d’argent. Ils nous connaissent mieux que quiconque.

Vraiment ?

C’est là précisément que le film pose son curseur. C’est une chose que d’obtenir tout ce que l’on veut quand on le veut mais est-ce vraiment la clé du bonheur ? Au même titre, nos données (allègrement collectées par les marques, qu’on se le dise) disent-elles vraiment tout de nous ? Rien n’est moins sûr.

Car il y a bien quelque chose qu’ignorent les objets aussi connectés et intelligents soient-ils. C’est que nous sommes humains, et par conséquent mouvants, changeants, parfois balbutiants, toujours complexes. Nos goûts et nos humeurs ne sont pas fixes. On est en chemin perpétuel. On se trompe parfois (souvent ?) mais on avance pour finalement décider de se lancer dans la grande aventure de la vie.

Une bien belle fable romantico-absurde contemporaine. Un vaudeville 4.0 en somme.