Une affaire de famille

Une affaire de famille

Une jolie Palme d’or. Corrosive aussi.

Au Japon, dans une société très codifiée, il est difficile d’accepter que des liens autres que ceux du sang, puissent se nouer. Or ce nouveau film signé Kore Eda (Tel Père Tel fils…) met justement en lumière des exclus, des presque marginaux qui se rassemblent pour créer un semblant de famille.

Un semblant de famille, c’est là le sens même du film et Kore Eda nous offre alors une nouvelle variation sur cette notion de famille – cette mini société – toujours au cœur de son cinéma.

Il parvient une fois de plus à se réinventer en traitant toujours le même sujet et flirte une fois de plus avec le documentaire dans cette pure fiction.

S’il donne le sentiment d’utiliser les codes du documentaire, c’est surtout parce que son cinéma est brûlant et qu’il convoque les réalités sociales les plus âpres, souvent cachées dans son pays.

Il narre ici le quotidien de 5 gentils voyous qui recueillent une petite fille laissée pour compte et violentée par ses parents.

Cette ode à la liberté, mais aussi par certains égards à l’emprisonnement social, décortique les travers d’une société qui ne sait pas ou plus protéger ses ouailles et laisse en pâture les plus démunis, alors livrés à eux mêmes.

Reste alors à maintenir des liens sociaux, amicaux et à re-créer ce semblant de famille.

Tout cela est dit, filmé avec une sobriété telle que les deux heures du film passent en un éclair sans pour autant m’emporter véritablement.

Quelques scènes sortent du lot comme celle de la plage où la grand-mère regarde avec tendresse et affection sa jolie famille,  et cette scène sensuelle (une première chez Kore Eda) filmée sans effet, avec un regard bienveillant et humain.

C’est justement là qu’est mise l’emphase : sur la bienveillance du regard posé sur ses personnages. Des gens jamais abîmés par les actions aussi basses soient-elles qu’ils peuvent mener au quotidien. Au bout du compte on ne voit qu’une chose au travers des yeux du réal, la vitalité de ces humains qui se débattent dans un monde chaotique.

Des humains qui s’évertuent à partager un peu d’amour.