The house that Jack built

The house that Jack built

Déclaré Persona non grata il y a quelques années de cela pour avoir proféré des inanités, Lars est de retour avec THE HOUSE THAT JACK BUILT, nouvelle création sulfureuse.


Toujours aussi provocateur il entend cette fois entrer dans l’âme d’un tueur en série et nous en narrer les « exploits ».

Cannes a chaque année son buzz, son nanar et son chef d’œuvre (autrement appelé « coup de cœur des festivaliers » comme ce fut le cas l’an dernier pour 120 BPM). Cannes aime aussi projeter des films coups de poings dont on raconte qu’il rendent le public dingue – malaises, sièges qui claquent et j’en passe.
Le nouveau Von Trier est de ceux là. Sauf que…

Au risque (mais je le prends) de passer pour une psychotique ou une dangereuse, je n’ai en rien (ou presque) été choquée par ce bon vieux Lars qui m’apparaît toujours comme étant un beau provocateur, très largement questionné par la religion chrétienne et ce qu’elle implique : la notion de bien et de mal, de paradis et d’enfer. Il m’apparaît toujours autant apeuré par la gent féminine au point de la priver de ses atouts – ici sa poitrine qu’il coupe au couteau – et oui pardon, je n’ai dit à aucun moment que j’allais vous épargner ! Et cette revendication qui voudrait que l’on cesse de demander à l’homme d’être une forteresse, un force de la nature lorsque la femme est acceptée dans sa faiblesse, sa délicatesse et ses fautes.

Pas misogyne pour autant mais très perturbé par l’égalité des sexes ! Et par le pouvoir de la Femme.
Lars nous invite donc dans ce conte narré par Jack lui même – le très juste et énigmatique Matt Dillon – qui revient sur la genèse de 5 de ses meurtres (il en a commis 61 au total, voire un peu plus on ne sait plus trop).

Le propos est ici plus largement explicité et le questionnement tourne autour de la création d’une œuvre – quelle qu’elle soit, un tableau, une composition musicale, une maison ou comme ici : un ensemble de meurtres. La question est ainsi posée de savoir ce que l’on peut appeler « art », ce qu’il est éthique ment possible d’appeler « création ».

Jack, notre « anti-héros » donc, aime à s’auto-nommer « Monsieur Sophistication » en ce sens où il a la volonté de faire de ses meurtres, une œuvre d’art. Se pose alors la question de la part de soi que l’on met à l’ouvrage qu’il s’agisse d’amour ou de haine. Provocateur le Lars je vous dis !
Sinon, le film est lui même sophistiqué, il offre de très beaux plans, d’autres plus gores, une touche d’humour et un montage qui permet à Von Trier de s’auto-citer (des extraits de Melancholia par exemple). La mégalomanie du mec !

Les références cinématographiques sont également de la partie. J’ai largement pensé à Norman Bates en la personne de Jack, et à Madame Bates au travers de la voix de cette personne que l’on ne découvre qu’à la toute fin du film «Verge » et qui m’apparaît au final comme étant une incarnation de Dieu lui même ou de Satan, on ne sait jamais vraiment avec Lars.

Il reprend également les codes du film d’horreur américain dans la séquence où Riley Kheough joue et prête sa blondeur hollywoodienne à la petite amie sacrifiée.

On parvient au final, après quelques longueurs malvenues (cette partie sur les camps de concentration et les chefs d’états crapuleux, là encore de la provocation très mal venue) à un final grandiose et grandiloquent quoique bien gentillet. Le mal succombe alors. Anéanti car plus faible que la grandeur ultime du monde. Soit Lars. Au risque de passer pour la psychotique de service bis, la provocation est une chose mais la force du propos en est une autre. Pas certaine ici que les messages passent, ou de façon bien trop lourde et donc pas vraiment identifiable.