Si Beale Street pouvait parler

Si Beale Street pouvait parler

La lumière s’est éteinte et l’écran m’a alors plongé dans la douceur d’une balade. Une déambulation lente, emprunte de délicatesse, de mains qui s’entrelassent et d’un amour dont la pureté n’a d’égal que la vérité des sentiments qui unit ce jeune couple là.

Et je me suis alors surprise à penser à Gaspar Noé et à son LOVE, romantico-porno (dispo sur Netflix, ndlr). Ce rapprochement m’a forcément étonné mais force est de constater que la scène d’ouverture du nouveau film de Barry Jenkins (oscarisé pour son sublime Moonlight) emprunte, à cet instant là, au cinéma, au style de Noé.

Là n’est pas la fin de l’histoire puisque c’est plutôt du côté du cinéma de Claire Denis ou encore Wong Kar Wai que zieute le nouveau  roi du cinéma indé US. Il dit aimer lorsque le cinéma suggère plus qu’il ne montre. Lorsqu’il est question de laisser les corps exprimer un sentiment, une émotion au détriment alors des mots.

C’est également du côté du conte que se tourne Barry Jenkins et du mélodrame : cette scène de dîner avec la belle famille emprunte par certains abords à la tragédie théâtrale et à l’univers de Cendrillon (la marâtre et les deux sœurs insupportables).

Mais ce que cherche le réal par dessus tout, c’est le fait de porter à l’écran la puissance d’un amour aussi délicat soit-il qui se passe de paroles au sein duquel les gestes sont les seules articulations qui comptent.

Pour preuve, Fonny a de l’or dans les doigts. Il apprend à travailler le bois, non pas pour devenir ébéniste mais artiste. Plus que de créer des meubles, il s’attèle à la création de pièces d’art. Il est délicat, authentique, amoureux. Il a la vie devant lui.

Fonny est noir, il vit à NYC dans les années 70’s. Cette décennie encore largement marquée par le racisme ambiant. Il sait que ses gestes sont scrutés, qu’il risque à chaque sortie de subir la bêtise et la xénophobie d’un flic zélé ou d’un voisin haineux. Mais il avance, avec l’envie unique de se créer une belle vie – pour lui et son amoureuse, son amie de toujours (le personnage de film le plus délicat de ce début d’année).

Mais voilà. La réalité sociale d’un monde pourri par la haine prévaut et Fonny est accusé à tort d’un crime qu’il n’a pas commis et c’est sa vie et celle de tout son entourage qui basculent. Comment lutter dans une société qui, de fait, détermine la place d’une personne dans la société selon la couleur de sa peau.

Ce fait infuse et se diffuse durant tout le film volontairement lent, subtile. Le réal prend son temps et se refuse à infiltrer son film d’une once de la haine dont il parle et qui entoure pourtant son film, en périphérie.

Le centre de son film est lui basé sur l’amour, la lumière, la confiance et autant de notions positives capables de tirer vers les haut une situation muselée. Il nous dit que jamais, il ne s’abaissera à distiller la haine de ces autres. Qu’ils se la garde !

Et alors, sous ses airs d’une pureté accrue et bien réelle, son film prend un engagement fort : celui de la résistance.

Ne pas se laisser atteindre. Laisser les ténèbres à ceux qui s’y complaisent. Rester dans la lumière.