Nos batailles

Nos batailles

Voilà un petit moment que nous n’avions pas vu Romain Duris aussi bon, touchant, vrai et puissant. Il prend possession de son rôle avec passion et envie et ça se sent. Il incarne un ouvrier, père de famille devant faire face au départ de sa femme. Comme ça, du jour au lendemain, sans un signe avant coureur, elle n’est pas allée chercher les enfants à l’école, a pris ses affaire et est partie sans un mot et sans une adresse.
Il faut le voir avancer, gérer, sans courber l’échine. Ou encore le voir parfois fendre l’armure mais pour toujours rester digne et vrai et droit.

J’aime qu’il se fonde à ce point dans un rôle.
Qu’il nous dise à la fois les batailles d’un père de famille, de celles d’un homme de conviction fortement impliqué dans la vie sociale de son environnement professionnel et de celles d’un homme – imparfait, sensible et perdu. C’est franchement beau et prenant.

Pour totalement comprendre la réussite de ce film il faut savoir que le réalisateur a une façon bien à lui de travailler. Il ne partage pas de scénario entièrement rédigé avec ses acteurs mais juste des mots, des idées et c’est ensuite à eux de s’en emparer et de dérouler le tout. Le film est ainsi basé sur une forme d’improvisation dans lequel les silences ont également leur importance.

Le film mêle ainsi social et intime et le fait avec brio. Les messages passent, sans jamais une lourdeur ou un faux pas. Du cinéma dégraissé au possible et intelligent.

À ses côtés Laure Calamy (l’assistante dans 10%) que je trouve définitivement géniale de naturel et de ce qu’elle apporte de vitalité aux films dans lesquels elle joue. Et puis Laetitia Dosch et son charisme étourdissant. Elle dégage une énergie et parsème ce film (et les autres) de son aura à la fois délicate, forte et subtile. Une grande actrice.


Et puis cette scène – lorsque les acteurs n’ont plus les mots, ce sont alors Les Paradis Blancs de Michel Berger qui prennent le relais pour dire la difficulté de vivre parfois, les douleurs de la vie qu’il faut surmonter.

Et vient cette fin, lumineuse et positive qui dit la possibilité d’un après, d’une reconstruction, d’une attente non plus passive mais active et c’est alors la vie qui reprend, qui continue.

Un « père courage » dans toute sa force et ses fêlures beau à en pleurer.