Ni le bien ni le mal

Ni le bien ni le mal

La scène d’introduction nous dit, d’emblée, tout de ce jeune homme. Sa beauté et sa désinvolture. Sa capacité à se fondre dans une situation peu banale avec un naturel et un calme désarmants.

Je savais que le film racontait l’histoire vraie de ce jeune homme aux boucles blondes, en prison depuis 50 ans en Argentine pour avoir avoué un nombre de cambriolages et de meurtres assez élevé. Je m’attendais alors à voir un film nerveux, dans les clichés du « film testostéroné des 70’s » mais rien de tout cela, et c’est justement là l’empreinte du film.

Le tout est doux, sucré, mélancolique par instant. Voir ce jeune fils à maman (il a 17 ans) tuer brutalement sans sourciller puis se délecter, dans l’heure, d’une bonne purée faite maison est autrement plus surprenant.

Le film nous plonge alors dans l’univers ouaté de ce jeune ange fait de violence extrême et de danses enivrantes.

Le réal Luis Ortega a parfaitement réussi à dépeindre cette opposition presque surnaturelle qui fait du quotidien de ce jeune homme un amalgame de brutalité, de courtoisie et de finesse.

Il faut le voir charmer son entourage : sans doute cette moue boudeuse, ces lèvres rouges sang et ces boucles blondes. Se cache alors derrière cette beauté du diable, un être dépourvu de sentiment ou du moins dépourvu de la connaissance du bien et du mal. Il n’est à aucun moment régit par les codes de la société, de la bienséance. Rien en lui ne le relit à l’humanité en ce sens où il semble totalement inapte à la vie en société. Il tue sans état d’âme, prend du plaisir à fomenter ses coups et à les vivre : il n’est ainsi jamais dans la panique de se faire prendre comme le montre cette scène où il traque, telle une bête blessée, le propriétaire d’une maison qu’il est en train de cambrioler : l’effroi n’en est que plus fort. Ou encore, cette scène où il dérobe une bijouterie et donne l’impression d’être un petit garçon dans un magasin de sucreries qui se délecte. Une vraie expérience !

Le réal convie parfois l’humour pour raconter l’épopée qui fut la sienne avant de se faire finalement prendre alors qu’il avait imprudemment demandé à sa mère de le rejoindre. Le maman : cette corde sensible.

Enfin, ce film gagne en qualité par sa volonté de ne jamais juger son personnage ni même de chercher à expliquer son comportement laissant ainsi une grande part à l’incompréhension. Le film y gagne en puissance et en force de suggestion. On pense alors à Orange Mécanique mais aussi à We need to talk about Kevin qui questionnait le comportement déviant d’un enfant / ado alors pourtant bien entouré et aimé.

Nous restent ces danses lascives qui nous disent le besoin de s’exprimer, de faire parler un corps dont les désirs restent inassouvis ? La beauté des contrastes.

Le film, visuellement sublime, nous livre ainsi un tableau de l’amoralité aussi bien que de l’immoralité.