Les éternels

Les éternels


La chine et sa société en mutation. Ses usines qui ferment et laissent sur le carreau des ouvriers dépourvus de tout. Une société qui bouscule les codes, va sans doute trop vite et oublie de s’adresser à tous ses concitoyens. Nous ne sommes pas à Shanghai mais dans ses faubourgs, dans une petite ville (plus d’un million d’habitants !) des alentours.
Voilà ce que dépeint ce film fresque qui court sur une petite vingtaine d’années (il s’ouvre en 2001 à l’aube du nouveau millénaire pour se terminer en 2018 et illustre ainsi la très rapide mouvance d’une société et l’importance capitale dont il faut faire preuve vis à vis des institutions qui régissent un pays.

Mais plus encore que cela, c’est d’amour dont il est question – comme si souvent au cinéma – et de l’histoire d’un homme et d’une femme.
Elle, est d’abord incandescente, au port altier et à l’allure de chef. Elle ne semble être effrayée par rien et pour cause, elle évolue dans le milieu de la pègre.
Lui, chef de bande et de gang est taiseux et sait jouer des poings lorsque le besoin se présente à lui. C’est une huile locale et à eu deux, ils jouissent du pouvoir que leur statut leur donne.
Ensemble, ils ont l’air et se sentent invincibles comme autant d’amoureux portés par la puissance de leur union.

Le jour où un accident a lieu elle endosse le crime pour lui. Il faut voir cette scène où elle sort de la voiture, sans un mot pour voler au secours de son amour. Grandeur et charisme. Acte alors ultime servant la cause de l’amour et du respect qu’elle a pour lui. De l’adoration même.

Le tout est englobé dans un film de Cinéaste qui aime le cinéma et le maîtrise à la perfection pour en reprendre certains codes classiques. Je pense alors à Pulp Fiction lors d’une scène de danse endiablée où le couple (maudit ?) irrigue la piste de leur fougue amoureuse.
Car le film a des accents « pop », parfois « néonisés » marqués par un parfait mix de musique populaire occidentale du type YMCA et de chansonnettes chinoises mélodieuses et douces.

Sans parler de coup de cœur, le film a su m’attirer vers lui et me retenir (alors que je piquais du nez au bout de 15 minutes, j’admire la prouesse d’un cinéaste qui parvient à me sortir du sommeil !)
Je garde en mémoire la puissance de ce portrait de femme forte dans sa fragilité et faible dans sa puissance. Elle incarne à merveille cette dualité, celle des femmes de voyous qui évoluent dans un milieu où il faut à tout prix gagner le respect et savoir le garder ! En cela, même à bout de force que l’on imagine physique et mentale de part les épreuves qu’elle rencontre, elle garde à chaque instant un éclat et une fougue. Car le film raconte cette chasse. Cet homme et cette femme qui ne parviendront jamais à se retrouver et ce, malgré l’amour qui les unit. Plus ciné-génique tu meurs !

Comme dans la dernière partie du film qui dit toute la douleur ressentie face à la trahison de l’être aimé et l’abnégation dont il faut faire preuve pour revenir. Pour demander à être aimée à nouveau, pour avouer la douleur ressentie. En ce sens, le film est tout à fait l’illustration de la solitude, d’une chute et cette merveilleuse scène de fin le dit de façon si poétique. On ne la voit plus elle même mais juste son image sur une caméra de surveillance. Elle existe toujours bel et bien puisque la caméra parvient à la filmer mais elle nous apparaît alors comme floue, distante et brouillée.

Saura t-il la percevoir à nouveau ?