Le monde est à toi ou comment j'ai tué ma mère

Le monde est à toi ou comment j’ai tué ma mère

Le voilà mon vrai after Cannes ! Il est parisien et a débuté au Forum des Images dans le cadre de la reprise de La Quinzaine des Réalisateurs (qui fête cette année son 50ème anniversaire).

J’ai donc assisté hier à l’ouverture de cette reprise et y ai vu par la même occasion LE MONDE EST A TOI signé Romain Gavras (oui, fils de) que j’avais manqué à Cannes (pour avoir fait le choix d’assister à la master class de Christopher Nolan, à laquelle je n’ai pu participer au final faute de place dans la salle…) Bref j’étais totalement restée sur ma faim d’autant que j’avais entendu parler de l’accueil extrêmement enthousiaste qui avait été réservé au film – au point que le public a applaudi pendant le film. Du rarement vu. Autant, tout est exacerbé à Cannes, l’enthousiasme autant que la détestation y sont plus forts qu’ailleurs, autant ce film les mérite carrément, ces applaudissements !

Voilà bien longtemps que je n’ai pas autant ri, à gorge déployée vraiment, devant un film. Cette ambiance pop, provocatrice souvent mais toujours dans le bon ton est gérée avec brio.

Ce film c’est déjà un casting qui regroupe, excusez du peu, Vincent Cassel, Isabelle Adjani, Oulaya Amamra (Divines), Philippe Katerine, François Damiens et offre un vrai premier rôle à Karim Leklou, clairement un acteur montant (et déjà excellent) de sa génération. Un nouvel amour de cinéma me concernant mais passons.

Ce film c’est aussi et surtout ce rythme haletant qui ne laisse aucun temps mort grâce à un montage survitaminé qui nous embarque littéralement dans l’épopée de ce jeune mec de banlieue dont le plan de vie (plus encore qu’un rêve) est de développer la franchise Mister Freeze au Maroc. Loin des rêves de grandeur décadente de ses comparses qui se rêvent en dealers à villa piscinesque, lui ce dont il rêve c’est d’un petit coin de paradis, avec piscine tout de même mais bien loin de son environnement quotidien qui semble lui peser. Le plan est entièrement fomenté, reste à regrouper l’argent pour monter son projet, argent déjà dépensé par son exubérante de mère (Isabelle Adjani comme vous ne l’avez jamais vue).

Le rythme est effréné, la bande son imbibe le film de cette atmosphère révoltée qui dit l’urgence pour certains de sortir de leur quotidien survolté. Ne cachons pas la vérité : c’est assez tape à l’œil et agressif, notamment verbalement mais les personnages, tous, sont regardés avec une telle affection que le film en est presque touchant. Au contraire d’un film comme AIMER PLAIRE ET COURIR VITE dont les personnages me sont apparus comme assez étrangers tout au long du film, ceux de ce film m’ont embarqués dès la première minute dans leurs galères, leur « mission » et leur projet.

Le rôle de Cassel est exquis en adepte complotiste totalement effrayé par le pouvoir des so called Illuminati. Adjani excelle dans le rôle de cette mère castratrice lorsque Karim Leklou attendri en mec vrai, honnête et droit. Le rôle de François Damiens est peut-être celui qui porte le message le plus social. Il est, lui aussi, filmé avec la distance nécessaire pour ne jamais le ridiculiser vraiment mais met en avant la bêtise de son action. Il représente ainsi ceux qui, sous couvert de « faire du social », avilissent l’Homme encore plus fort.

C’est dynamité, totalement ancré dans l’actualité sociale de notre pays, toujours adéquat, ça parle vrai et puis ça convoque le rire !

Un pur plaisir de cinéma.

Le film est encore projeté au Forum des Images ce dimanche 27 mai puis sortira en salles le 22 août prochain.