Le grand bain

Le grand bain

Je me souviens bien de ce jour de pluie et de froid à Cannes en mai dernier et de cette projection hors compétition du film de Gilles Lellouche, un nom que je n’associe pas de suite à Cannes.

C’est donc intriguée et les pieds bien mouillés que je m’installai confortablement dans ce fauteuil rouge et cosy de la salle du Soixantième.

Je me souviens également de cette affiche qui, déjà m’intriguait. Ces hommes en slip de bain… pour dire quoi ? Pour rire de quoi, de qui et comment ?

Dès les premières minutes je ris, je suis émue aussi, d’abord par le personnage interprété par un Jean Hugues Anglade décidément excellent. Il faut le voir jouer cette sorte de musicos aux cheveux longs, donnant représentation dans des salles communales pour un public qui ne l’écoute pas vraiment. Un loser magnifique déambulant dans son camping car accompagné de son ado de fille (la géniale Noée Abita qui ornait l’affiche de La semaine de la critique et m’avait ébahie, sans en rajouter, dans Ava l’été dernier) qui le regarde avec amour et compassion.

La troupe d’hommes qui l’accompagne est dans cette lignée, un chômeur de longue durée, un homme dont la femme et le gosse viennent de partir, un éternel célibataire… Tous se retrouvent à la piscine pour former la première équipe de natation synchronisée masculine. Il faut bien se trouver une activité.

On les suit donc dans leurs pérégrinations, leurs sessions d’entraînement aux côtés de leurs coachs – un ancien binôme de compèt – La douce et paumée Virginie Effira qui leur lit de la poésie et la gueularde et odieuse Leila Bekhti qui les force à faire des pompes : elle est extraordinaire dans le rôle ! D’une puissance comique totalement dingue !

Le tout donne lieu à un mix de tendresse ultime : enfin l’on montre l’homme dans sa fragilité, son questionnement existentiel, ses peurs, sans fausse pudeur mais sans jamais ni banaliser ni en rajouter. Le film est juste à chaque instant. La tendresse et le rire en sont les ingrédients principaux.

Ce film est un joyau de la comédie française ! De bonnes idées de mise en scène ainsi que le montage très travaillé convoquent chez le spectateur des vrais moments de rires qui s’éternisent parfois jusqu’à la scène suivante.
J’admire également les réal qui parviennent ainsi à me faire rire lorsque je suis encore dans l’émotion de la scène précédente et vice versa. Il parvient très clairement à convoquer diverses émotions et c’est extrêmement plaisant.

Mathieu Amalric est ici l’un des pilier de cette troupe mais jamais aucun acteur n’est laissé pour compte. Chacun à son, ses moment(s). En cela il s’agit clairement d’un film de troupe au sein de laquelle chacun à son rôle de construction à jouer au même titre que l’organisation pyramidale de leur chorégraphie synchronisée.

C’est fin, délicat et intelligent. Je ne savais pas que Gilles Lellouche avait ça en lui. Un beau succès en salles est à prédire. Oui, un carré peut rentrer dans un rond et vice versa !