Le daim

Le daim

Après le pneu, le blouson tueur. C’est tout Quentin Dupieux ça. Se cantonner à ce qu’il sait faire de mieux, non pas pour rester dans sa zone de confort mais pour structurer, peaufiner toujours un peu plus son art.

Il donne à voir, ici, le portrait d’un homme qui quitte sa femme, sa maison, sa peau pourrait-on dire, pour débuter une nouvelle vie. Une nouvelle vie, dans une nouvelle peau au sens premier du terme puisqu’il dépense une fortune pour acquérir un blouson en daim qu’il ne quittera plus, avec lequel il débutera bien vite une véritable relation d’amitié à toute épreuve.

Comme le pitch du film le dit de façon si explicite, Georges et son blouson 100% daim ont un plan.

C’est là tout le brio de Quentin Dupieux qui m’avait déjà régalée avec son précédent opus Au poste. Il parvient à mêler l’absurde le plus primaire à un niveau de second (que dis-je millième) degrés le plus extrême pour dire quelqu’un chose de l’humain le plus concrètement et explicitement du monde.

Ici, et je sais que l’affiche dit qu’il s’agit du film qui a fait « hurler de rire la croisette » (le film a fait l’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en mai dernier, ndlr), il faut tout de même bien savoir que le film relate la perte de repères d’un homme qui a tout laissé derrière lui et qui est en train de perdre la raison. Il y a plus joyeux comme sujet.

Georges (très très bon Jean Dujardin) et son daim

Mais là encore, Quentin Dupieux parvient à nous emmener avec lui et avec son personnage (soit dit-en passant, une sorte de double de lui même) et c’est alors que la magie opère. Cet univers loufoque pourrait totalement discréditer son propos ou nous en éloigner mais c’est tout le contraire qui se trame et avec, une envie bien particulière de suivre cet anti-héro sur son chemin.

C’est plaisant, riche d’un point de vue cinématographique, riche de cette volonté de dire ce qu’il y a à gagner de vivre en dehors des sentiers battus.

C’est sauvage et subtile et ça dit beaucoup de l’amateurisme artistique qui est ici au cœur de la réflexion.

Qu’est-ce que créer ? Qu’est ce que faire un film ? Filmer, tourner, monter des images ? Qui peut le faire, qui doit le faire ? Qui est véritablement en mesure de le faire ?

Oui c’est cela, un hommage à la création. Quelle qu’elle soit, au final elle nous enrichit. Elle peut nous laisser pour mort mais elle aura fait son oeuvre si tant est qu’elle est réalisée dans l’amusement et dans l’innocence la plus totale.