Green book

Green book

C’est la rencontre frontale entre deux mondes. Celui de l’érudition et de la délicatesse et celui de la gouaille et des magouilles.

Tony est videur de boite de nuit et participe à des concours de nourriture (ah la magie de Amérique !) durant lesquels il mange jusque 26 hot dog pour arrondir ses fins de mois et payer le loyer. Il aime sa femme et ses gosses et ne lésine pas sur le travail.

Docteur Shirley est pianiste et parcourt le monde. Il donne des concerts accompagné de ses acolytes au violoncelle et à la contrebasse. Il est solitaire et guindé.

Tony parle (mal) autant que Shirley aime le calme (et les bons mots). Leur rencontre est un électrochoc. L’habitacle de la voiture va devenir le lieu de leur rencontre, de leur découverte et finalement de leur amitié.

Green Book est un road trip vivifiant tant il nous embarque aux côtés de ce duo d’acteurs qui fonctionne parfaitement ensemble.

Viggo Mortensen (+ 15 kilos pour le rôle mais toujours sexy) m’a étonnée dans le rôle de cet italo-américain raciste et beauf. Il mène sa partition avec brio. Il est l’incarnation du bon gars par futé pour qui le racisme semble être une opinion. En cela le film fait écho avec notre Amérique à nous, celle de notre décennie, bouffée par une certaine banalisation de la haine et des idées rances. Viggo nous fait sourire, sa bêtise est bien ancrée mais jamais réfléchie. Il est de ces gens dont les idées racistes sont des réflexes basiques et cette rencontre avec Shirley va le faire avancer, évoluer. Le processus est simple mais jamais simpliste.

Et le tout fonctionne parfaitement car Shirley n’est pas dépeint comme étant parfait non plus. Le réal le filme non pas comme une incarnation de la perfection faite homme mais comme un être carapacé en proie à la peur et à la solitude. Il s’inflige cette tournée dans le sud pour participer de l’évolution de mentalités (nous sommes en 62, en pleine période ségrégationniste) au péril même de sa vie (il faut le voir couvrir ses bleus avec du maquillage avant chaque concert) et mène une vie solitaire qu’il noie souvent dans l’alcool.

Ce film est donc bel et bien une illustration du chemin que chacun d’entre eux a à parcourir pour parvenir à aller à la rencontre de l’autre. Mais également, à la rencontre de leur pays et du monde tel qu’il est. Aucun d’entre eux n’avait en effet jamais voyagé à travers cette Amérique morcelée.

Le point d’orgue de cette prise de conscience est cette très belle scène durant laquelle la musique s’arrête. Le moteur fume, Tony répare la fuite et Shirley sort se dégourdir les jambes. Là, tout près, dans le champs qui jouxte la route, des noirs exploités travaillent la terre sous un soleil de plomb. Tous les deux sont face à la réalité d’un monde qui leur échappait jusque là.

La rencontre a alors lieu. Ensemble, unis de tout ce qui les différencie et pourrait les diviser.

Les mauvaises langues diront « bluette made in Hollywood » ou encore « film à Oscars » : je dis, humanisme bien pensé et délicatesse du propos.

Jamais je ne pourrai bouder le plaisir de la beauté d’une rencontre avec soi et avec l’autre. C’est cela qui fait avancer le Monde.