Divorce sans consentement mutuel

Divorce sans consentement mutuel

En voilà un film que j’aurais manqué si je n’avais répondu à l’écho du bouche à oreille. Comme ma perte aurait alors été grande.

Ce film dont les scènes s’étirent est l’archétype même du cinéma.

– Prenez de bon acteurs

– Ayez un scénario à l’écriture fluide et bien travaillé

– Aiguisez  votre œil pour offrir un cadrage et une mise en scène de qualité

– Sachez qualibrer votre propos pour en maintenir la force

Avec tout cela, pas besoin d’avoir un budget colossal. Le talent et la combinaison de ces ingrédients feront le reste.

Ce film est totalement maitrisé. Il est court, ne comprend aucune longueur, ne fait jamais dans la fioriture et m’a transpercé le coeur. Voilà un film duquel on ne sort pas indemne. J’ai vécu le film physiquement au point, par moments, de devoir m’extirper du film 4 secondes pour reprendre mes esprits. De la puissance du propos tenu.

Pas d’emphase ici. On ne sort pas de ce film sans séquelles. Le ressenti voulu par le réal est d’une puissance assez extrême.

Il faut vivre ces scènes qui disent la brutalité d’un divorce compliqué pour le couple lui-même mais pour les enfants, victimes collatérales d’une rupture qui engendre parfois, en tout cas ici, la pire des folies.

Lorsque l’un des deux refuse la réalité de cette cassure, la lutte est alors faussée et Léa Drucker exprime cela avec brio : j’ai cru toucher du doigt ce qu’elle se disait à l’intérieur d’elle même. L’amour qu’elle a eu pour cet homme avec qui elle a eu deux enfants, les belles années et la déchéance qui aura finalement fait de sa vie un enfer sur Terre, un amalgame de souffrances et de peurs.

Lui, l’homme violent et menaçant est plus complexe à cerner car fourbe et rarement lui même. Denis Ménochet lui apporte cette vraie complexité. Il faut jouer ce type de rôle ! J’imagine la puissance de la colère et de la douleur qu’il faut aller chercher en soi pour jouer la manipulation, la jouissance de voir son entourage et ceux que l’on dit aimer, en souffrance. La maladie mentale en somme.

Les acteurs, je le mentionnais, sont formidables. Parmi eux le jeune garçon qui incarne avec brio le fils, le bouc émissaire, la « pièce du milieu » balottée entre ces adultes. On voit la terreur dans ses yeux et l’angoisse que représente chacun des week end passés avec son père, qu’il appelle « l’autre » tant les liens sont plus que distendus, cassés.

Ce film est un thriller. On y retrouve tous les codes du genre et surtout cette tension permanente qui nous prend aux tripes et nous guide vers cette scène finale, là également, allongée à outrance, qui finit de nous renverser le coeur.

Jusqu’à la garde n’est clairement pas un film qui relaxe mais un film qui dit l’essence même du cinéma et qui invite à vivre physiquement et à ressentir dans son corps la force du propos tenu.

Eprouvant.