Cannes 2018 - 4ème

Cannes 2018 – 4ème

Jour de pluie et de froid. De quoi démotiver les plus démotivables. Si je m’étais écoutée, je serais restée au lit toute la journée mais voyons… Impossible de renoncer à cette journée 100% dédiée au cinéma français.


J’ai donc débuté par LE GRAND BAIN, le film de Gilles Lellouche présenté hors compétition. Cette affiche déjà m’intriguait. Ces hommes en slip de bain… pour dire quoi ? Pour rire de quoi, de qui et comment ?
C’est donc dans une atmosphère bien humide et les pieds dans l’eau (littéralement) que j’ai sauté (je ne sais pas plonger…)
Quel régal ce fut ! Dès les premières minutes je ris, je suis émue aussi, d’abord par le personnage interprété par un Jean Hugues Anglade décidément excellent. Il faut le voir jouer cette sorte de musicos aux cheveux longs, donnant représentation dans des salles communales pour un public qui ne l’écoute pas vraiment. Un loser magnifique déambulant dans son camping car accompagné de son ado de fille (la géniale Noée Abita qui orne l’affiche de La semaine de la critique et m’a ébahie, sans en rajouter, dans Ava l’été dernier) qui le regarde avec amour et compassion. La troupe d’hommes qui l’accompagne est dans cette lignée, un chômeur de longue durée, un homme dont la femme et le gosse viennent de partir, un éternel célibataire… Tous se retrouvent à la piscine pour former la première équipe de natation synchronisée masculine. Il faut bien se trouver une activité. On les suit donc dans leurs pérégrinations, leurs sessions d’entraînement aux côtés de leurs coachs – un ancien binôme de compèt – La douce et paumée Virginie Effira qui leur lit de la poésie et la gueularde et odieuse Leila Bekhti qui les force à faire des pompes : elle est extraordinaire dans le rôle ! D’une puissance comique totalement dingue !
Le tout donne lieu à un mix de tendresse ultime : enfin l’on montre l’homme dans sa fragilité, son questionnement existentiel, ses peurs, sans fausse pudeur mais sans jamais ni banaliser ni en rajouter. Le film est juste à chaque instant. Un mix de tendresse donc et de rire. Ce film est un joyau de la comédie française ! De bonnes idées de mise en scène ainsi que le montage très travaillé convoquent chez le spectateur des vrais moments de rires qui s’éternisent parfois jusqu’à la scène suivante.
J’admire également les réal qui parviennent ainsi à me faire rire lorsque je suis encore dans l’émotion de la scène précédente et vice versa. Il parvient très clairement à convoquer diverses émotions et c’est extrêmement plaisant.
Mathieu Amalric est ici l’un des pilier de cette troupe mais jamais aucun acteur n’est laissé pour compte. Chacun à son, ses moment(s), en cela il s’agit clairement d’un film de troupe au sein de laquelle chacun à son rôle de construction à jouer au même titre que l’organisation pyramidale de leur chorégraphie synchronisée.
C’est fin, délicat et intelligent. Je ne savais pas que Gilles Lellouche avait ça en lui. Un beau succès en salles est à prédire cet été. Oui, un carré peut rentrer dans un rond et vice versa !

Il est encore question de carré et de rond dans le nouveau film de Pierre Salvadori, EN LIBERTÉ, dont je suis le cinéma depuis quelques années déjà. J’aime son univers parfois loufoque qui dit les craquelures de l’âme humaine. Ici Pio Marmai sort de prison, après avoir été injustement accusé de vol. Lui que l’on imagine parfaitement loyal de nature sort de cette période d’emprisonnement avec l’envie de se venger et de réparer cette injustice. De là vont se nouer des épisodes cocasses. La femme du flic qui l’a fait emprisonner à tort va l’accompagner son retour à la liberté.
Déjà lors de la scène d’introduction, le réal nous surprend en reprenant les codes du film d’action. Cette entrée en matière est une pure réussite tant elle nous permet de sortir des codes du cinéma auquel on s’attendait. Une riche idée de mise en scène ! La suite est marquée par la cocasserie du mensonge, des fausses idées, des retournements de situation. C’est parfaitement drôle et bien ficelé.
La troupe est de surcroît formidable : de Pio donc en passant par Vincent Elbaz, Audrey Tautou, Adèle Haenel, Damien Bonnard (que j’avais découvert dans Rester Vertical et que j’avais trouvé dément). L’alchimie comico- cocasse de ce film est parfaitement calibrée ! Le film mêle drôlerie et poésie. Une très belle idée de comédie qui valorise la puissance de l’imagination.

J’ai terminé la journée avec un film présenté dans le cadre de la sélection Un Certain Regard, LES CHATOUILLES. Je savais le sujet délicat puisqu’il évoque la pédophilie. Il le fait sous un prisme multiple si je puis dire puisqu’il nous donne à voir tantôt l’histoire du point de vue de la petite fille, tantôt de celui de la femme devenue adulte. Si le film traite du sujet de façon délicate, je n’ai pas aimé le film en lui même, ni sa mise en scène, ni son ambiance qui joue pourtant sur les codes de la danse (Odette, la petite fille abusée est devenue danseuse professionnelle) et c’est donc par le biais de cet art qu’elle tente de se défaire des abus qu’elle a subit. Le film illustre très délicatement le besoin de se ré-approprier ce corps qui fut alors abimé, volé, détruit. Les acteurs sont très bons et Karin Viard (comme à chaque rôle) surplombe tout. Il faut la voir jouer ce rôle ingrat qu’est celui de la mère d’Odette, incapable de trop d’affection, incapable de donner ce dont elle semble elle même avoir manqué plus jeune. Elle est devenue cette femme et cette mère froide, impassible et cadenassée. À l’opposée, ce film nous montre le « dévérouillement » et le retour à la vie de cette Odette douce et rebelle. Une jolie épopée de retour à la vie et d’appropriation de soi.