White trash on ice

White trash on ice

Quelle bonne idée que ce faux documentaire sur l’affaire « Tonya Harding » qui défraya la chronique dans les années 90. Pour tout vous dire, ce fut une découverte. Patinage artistique moui, JO d’Alberville OUI, Lillehammer oui, Surya Bonaly ou encore Oksana Baiul, oui. Mais Tonya et Nancy Kerrigan et cette affaire de genou brisé, aucun souvenir.

Ce film est en fait le combo parfait entre une actrice qui tient sa place, de bout en bout du film, de personnages secondaires excellents (hello la mère effrayante et le mari cinglé), un rythme décadent et un montage qui joue presque avec nos nerfs en nous prenant pour cible et pour témoins dans une affaire disons le, complexe et assez douloureuse.

Tonya performe sur la glace depuis son plus jeune âge, poussée par une mère abusive, violente et odieuse qui veut à tout prix parier sur le don de sa fille, sans doute avec pour objectif de sortir de la quasi misère dans laquelle elles vivent. Le père a quitté le domicile alors que la petite n’avait encore que quelques années et s’est développé entre la mère et la fille une relation malsaine uniquement basée sur la violence, physique et morale au point que, toute sa vie durant, Tonya ne se positionnera que dans des rôles de femme soumise : soumise à la violence de l’homme qu’elle aime, à celle de sa mère – toujours dans son giron – et de celle des juges qui ne voient en elle qu’une tête brulée et l’enfant terrible du patinage (qu’elle est vraiment) au risque de la juger trop sévèrement et d’en faire un archétype. Le visage de l’amérique profonde, blanche et beauf (White trash).

Ce film apparait ainsi comme une photographie des tensions et de la bipolarité de l’Amérique. Cette grande contrée qui ne cesse – et n’aura de cesse – que de comparer, créer des antagonismes (le bon VS le mauvais…) qui ne feront que cristaliser cette dichotomie nationale.

Tonya Harding elle même dira d’ailleurs : « Je voulais incarner le rêve américain mais en réalité c’est l’Amérique que j’incarne. » De la puissance de la désillusion.

En cela, le film est avant tout un portrait de femme complet et complexe. Celui d’une femme qu’on a toujours voulu rabaisser. Elle dit souvent dans le film « ce n’est pas de ma faute » ou du moins semble toujours se questionner sur le fait que ce qui lui arrive soit de sa faute ou causé par un tiers, comme pour exprimer son doute et sa peur de ne pas gérer comme il le faut sa vie et cette carrière. Mais comment pourrait-elle avoir en main les clés d’une bonne gestion et prise en main de sa vie lorsque ce qui lui a été transmis ne repose que sur la violence, la maltraitance et sur l’idée bien ancrée qu’elle ne vaut pas grand chose ? Complexité donc.

Complexité à s’identifier en tant que femme, dans un sport pourtant marqué par la girly attitude (hello tutu roses bonbon ou pailletés) et complexité à s’émanciper d’un entourage nocif.

Margot Robbie est parfaite dans le rôle. Le réal filme les scènes de patinage avec grâce et force et parvient ainsi à signifier toute l’ambiguité du caractère de Tonya qui semble avoir honte de ne pas avoir fait d’études mais se révèle beaucoup plus réfléchie et censée que bon nombre des personnes qu’elle cotoie. Elle a en elle, la force et au final même, la sagesse apportée par la passion du geste et ce n’est pas rien. Elle m’apparait ainsi dans les séances face caméra (j’évoquais l’idée du faux document en début d’article) et ce, malgré le ceinturon et les santiags qui ne cessent de la ramener et de l’affilier à son milieu social, d’une profondeur et d’une lucidité à toutes épreuves. Une belle réhabilitation.

En voilà un triple axel réalisé avec brio.