Vice

Vice

La maitrise, l’orfèvrerie, l’art de la satire sont palpables tout le film durant.

C’est d’ailleurs ce juste usage de la moquerie et du pamphlet qui font la réussite du film. Et le montage, au cordeau aussi, et l’interprétation de Christian Bale. Oui ce Vice cumule de bons atouts.

Ce titre déjà qui évoque tout à la fois la terminologie politique donné au vice président américain et ce pêché capital, dont le mot reste identique en français.

C’est là justement toute la dualité sur laquelle repose le film.

Il totalise à lui seul une belle réussite : il est instructif, provoque le rire, l’indignation mais aussi la stupéfaction : cet homme (Dick Chenney) somme toute peu connu du grand public a détourné le pouvoir, la constitution américaine sans que quiconque n’en soit étonné ni choqué.

Si le film semble user de la caricature, nous savons que les faits sont là, avérés et que le pan de l’histoire montré à l’écran a précipité le monde dans le chaos socio-économique dans lequel nous sommes aujourd’hui.

En cela la force de frappe est grande et lorsque l’on rit, on a mal aussi car cette ambiance faite de mensonges, de faux semblants et de trahisons a fait le lit de notre société actuelle.

Christian Bale est impeccable et joue ces notions propres à la culture US avec brio. Là, en gros sur l’écran, il incarne ce fameux rêve américain qui veut que la volonté et le travail nous mènent au sommet, et cet opus humoristique évoque alors comme rarement les limites de cet « idéal américain » basé sur du vent. Pire encore, basé sur la chute de l’autre. Horrible socle.

Le style inqualifiable du film qui use d’images d’archives, de scènes très théatrales nous plonge dans une sorte d’excitation à laquelle se mêle un vraie interrogation : cette fresque tragi-comique ne peut que, par moment, nous amener à croire que tout cela n’est qu’une vaste blague !

Ce serait jouissif si l’actualité était plus positive. Si ce que nous voyons à l’écran avait naturellement engagé une vraie et forte prise de conscience. Mais la marasme politique dans lequel se trouvent les États Unis de 2019 (et le monde soit dit en passant) est là pour dire que ce pan de l’histoire a laissé des traces. Jamais de convictions (c’est trop banal et risible que d’avoir des convictions) si ce n’est celle de faire de l’argent et de conforter ses intérêts privés et personnels.

Vice ou l’arbre généalogique de l’Amérique trumpienne actuelle.

Farce tragi-comique