Un roman d'apprentissage

Un roman d’apprentissage

Déjà il y a un prénom et un nom : Manal Issa… Mana Lissa… Mana Lisa ou comme une belle variation idiomatique et auditive de notre Joconde.

Outre cette belle consonance quasi identique, l’actrice porte en elle tout le mystère de cette Mona Lisa.

Peur de rien, ce film autobiographique est entièrement porté par cette toute jeune actrice, inconnue jusque-là castée pour l’occasion.

Et quelle révélation ! Il est clair qu’elle crève l’écran. Certaines personnes sont vraiment faites pour passer derrière la caméra. Sa façon de marcher évoque à elle seule un sentiment de cinéma, un souffle de vie.

Le film est exquis. Il nous permet de suivre le parcours de vie de cette jeune libanaise tout juste arrivée en France au début des années 90, confrontée aux limites de l’administration française, au racisme ambiant, à la difficulté d’intégration et aux galères d’argent. Mais bien plus qu’un simple focus sur ces aspects négatifs – et c’est en cela que le film est exquis – Peur de rien nous donne à voir une France ouverte sur le Monde via un système éducatif encore capable de distiller de l’intérêt voir de la passion (à ce titre Dominique Blanc est sublime et tellement charismatique : la prof qu’on a tous rêvé d’avoir), une jeunesse engagée, amoureuse, pleine d’espoir et d’idéaux. Une bouffée d’optimisme !

Comme les paroles de cette professeur que je mentionnais plus haut, amoureuse de son métier et heureuse de partager et d’enseigner, j’ai littéralement vécu ce film comme un enseignement de vie. Un joli et constructif apprentissage de la maturité et du chemin vers l’âge adulte.

La fin du film est le point d’orgue de ce chemin et de ce « roman d’initiation ». De galères en rencontres et de séparations en petits boulots divers et variés, elle sera parvenu à se faire SA place et à vivre comme elle l’entend.

Enfin le film (autobiographique comme je le disais) est un magnifique hommage à Paris, à la France et aux possibilités qu’offre ce pays. S’il tend à être un tantinet nostalgique, il ne franchit jamais la barrière du « c’était mieux avant » : discours peu porteur au final.

Au contraire, il donne une sensation de bouffée d’air et nous appelle à aller de l’avant car c’est cela, « vivre ».