Sybil

Sybil

Sous ses airs de comédie dramatique classique – comprenez : un homme, 3 femmes, des complications sentimentales, des non dits, Sybil est un film qui voit plus loin et le montre par le prisme d’une construction tout à fait unique. D’où sa place, largement méritée, en compétition officielle lors du dernier Festival de Cannes.

Dès la scène d’ouverture, cette volonté de nous plonger au coeur du chaos est clairement exprimée. Notre héroïne Sybil déjeune avec son éditeur qui la noie d’informations, parle trop et trop vite : elle est dépassée et la tête nous en tourne au même titre que les plats qui défilent sur le tapis roulant face à eux et à nous. Un parralèle tout trouvé pour exprimer les méandres de l’âme et des pensées de Sybil, confuses et complexes.

Tout le film va se dérouler selon ce principe et c’est alors que l’on va passer d’une scène à une autre sans savoir où l’on va. C’est très déroutant, agaçant peut-être au début avec ce sentiment de suivre une histoire sans queue ni tête, dont les enjeux ne sont jamais totalement exprimés ni explicités et dont les actions n’ont parfois aucun aboutissement.

C’est le film d’une femme en fuite avec sa vie et avec elle même. Il enchaine alors les actions, les prises de décisions, pas vraiment réfléchies, pour aller jusqu’au chaos parfois.

Un film qui cherche à exprimer l’inconfort mais aussi la recherche de l’ivresse : celle apportée par la boisson, mais aussi par la passion de l’amour et du sexe. Un film qui touche du doigt les extrêmes.

Pour preuve la mise en scène sinueuse, mais plus encore : pulsionnelle qui fait s’envoler en éclat les éléments. Ca explose, ça souffle, ça fume (une partie du film a été tournée à Stromboli, là même où les éléments se déchaînent).

Cette partie du film que j’évoque est en fait une séquence qui matérialise le tournage d’un film dans le film. Sybil rejoint une de ses patientes (elle est psychothérapeute en plus d’être écrivain) sur la fin de son tournage pour, pense t-elle, l’aider à gérer une situation complexe. C’est alors à ce moment l’acmé d’une situation rocambolesque qui finira d’ébranler notre héroïne. Pour au final la renforcer ?

Sybil (le personnage et le film) est en fait là pour nous rappeler à quel point nous sommes les seuls maîtres de notre existence. Si un réalisateur est censé diriger ses acteurs pour donner vie au film qu’il a écrit, imaginé, celui qu’il / elle pense être le meilleur, le plus à même de refléter une vérité, alors nous sommes, chacun d’entre nous, le réalisateur de notre propre vie. A nous d’en imaginer le scénario le plus approprié, d’en diriger les acteurs, de soigner la mise en scène… Une belle inception pour dire le chemin de la vie.

Complexe, sinueux mais jamais vain. Un film dans le film du film d’une vie. Un vertige psychologique.