Start up Nation à la française

Start up Nation à la française

Ce qui est chouette chez Kervern et Delépine c’est que la vie se dégage de leurs œuvres. Toujours.

Ici derrière cette critique sociale acerbe c’est bel et bien sur la tendresse, la notion d’entraide et de communauté qu’ils mettent l’accent.

Ce I Fell Good (movie, il l’est très clairement, on en ressort avec l’envie d’être bon) plaque sous les dehors d’une comédie bien huilée mais très grinçante, les pires aspects de cette société qui nous enferme dans des dictats régressifs qui nous rendent dépressifs et cons. Le propos est très fort et oui, alarmiste.

C’est ainsi qu’ils opposent l’individualisme – désormais pilier de notre monde – à la communauté, à ce vivre ensemble qui fit les grandes heures des 60’s et 70’s, qu’ils opposent le communisme au libéralisme qui mine(nt ?) tout à la fois notre moralité, nos valeurs et même notre économie. C’est en fait un film qui dit l’impuissance de nos gouvernements à rassembler – point pourtant majeur et ultime qui donnerait alors un nouveau souffle à nos sociétés abîmées.

Ils nous disent l’urgence de réinventer une société basée sur le partage, l’écoute, le vivre ensemble. Cela pourrait donner lieu à un film à l’idéologie totalement hippie mais le tout est rendu concret par l’amorce même du film qui est de nous montrer le vrai. La véritable organisation de cet Emmaus , la simplicité des rapports basés sur le respect de l’autre,  sur la non recherche du profit à tout prix – pourtant clairement érigée en norme par notre société.

Bref, une bouffée d’oxygène qui nous dit qu’un autre modèle est possible car déjà rendu concret.

De plus ce film cumule les bonnes idées de cinéma : un scénario certes simple mais calibré, des dialogues écrits au cordeau (aucune impro de la part de Jean Dujardin), un duo Yolande M / Jean D qui fonctionne parfaitement et une grâce. Cette grâce qui mèle humour potache et répliques bien senties et qui dit l’importance de trouver du sens dans toute entreprise. Notre santé mentale en dépend. Pour preuve le regard fixe du personnage de Dujardin (excellent dans ce rôle de psychotique fan du libéralisme) perdu dans un corps qui gesticule bien trop pour être véritablement au clair avec lui même.

Et puis ce film c’est avant tout ce regard posé sur les vieux objets récupérés, sur ces gens cabossés par la vie et ce message final qui nous dit qu’il est possible de récupérer, recycler les vieilles idées rances qui peuplent notre société actuelle pour en faire un monde de coeur et de couleurs.