Papa, mon copain noir vient dîner ce soir

Papa, mon copain noir vient dîner ce soir

L’aspect insidieux du racisme ordinaire. Le voilà le sujet de Get out, le film d’horreur dont on parle en ce moment.

Ici, point de KKK ou d’esclavagistes, ce sont des clichés du quotidien, de ces paroles stupides et autres idées reçues dont il est question. Au point parfois de réduire l’homme noir à ses supposées aptitudes sportives plus grandes que d’autres et la supposée puissance de ses attributs sexuels… Class all the way.

Chris est photographe et sort avec Rose depuis plusieurs mois. Il est noir, elle est blanche, ils sont amoureux et heureux. Ce temps du bonheur les amène à passer un week-end dans la famille de Rose. Le temps de la grande rencontre avec les beaux parents est venu.

La couleur de peau de l’un et l’autre n’a jamais été au centre du sujet et encore moins du débat. Tous les deux s’aiment et le père de Rose « aurait voté pour Obama une troisième fois s’il l’avait pu ». Tout est lisse, doux et sympathique et c’est alors que le week-end s’annonce.

Vous imaginerez aisément qu’il ne sera ni lisse, ni rose au final.

Si je ne suis ni une adepte ni une connaisseuse des films d’horreur, mais  je sais reconnaître leur fort ancrage dans nos sujets et faits de société. Quoi de plus grisant que de se saisir de nos peurs les plus primitives, primales et fortement ancrées dans notre imaginaire pour traiter des sujets majeurs de nos quotidiens et nous amener à la réflexion ?

Je trouve fortement réussi cette volonté de se saisir du sujet du « racisme ordinaire » qui fait rage dans nos sociétés et de le traiter sous le spectre de l’horreur. (NDLR : on est dans le genre « horreur sympathique » je n’ai fermé les yeux à aucun moment, allez j’ai peut être cligné des yeux parfois un peu plus longuement mais c’est tout !)

Par ce biais là, le film pose les bonnes questions. Comment se défaire de ses idées croupies et rassies ? Serions nous alors tous racistes au fond ?

Get out pose surtout la question de l’hérédité et du « passage de flambeau » générationnel. Il évoque ces tensions, idées nauséabondes qui irriguent des familles entières de génération en génération (toute ressemblance avec un parti politique d’extrême droite français ne serait que pur hasard, ndlr).

Il met également en lumière ces stigmatisations au quotidien de certaines personnes – ici les noirs – et invite surtout à la prise de conscience. Cette scène dans laquelle, toute victime qu’il est, Chris met les mains en l’air à l’arrivée de la police, m’a fendue le cœur. Il est noir, et aux yeux de beaucoup, forcément coupable. J’aime que Get out montre ça, frontalement.

Enfin, le réal emprunte « aux anciens » pour nous livrer un grand film de Cinéma. La caméra nous emporte. De Hitchcock aux grands classiques du cinéma de genre et d’horreur, il nous balade dans une odyssée palpitante et fortement documentée.

La force du propos et des partis pris n’en est que renforcée.

J’aime que le cinéma nous parle à ce point.