Orpheline

Orpheline

« Je n’ai aucune position dominante sur mon personnage, seulement de l’amour & de l’admiration pour son courage »  Arnaud des Pallières, au sujet de son film Orpheline.

Noté Arnaud. Tu fais bien de le dire car cela ne résonne absolument pas dans ton film que j’ai trouvé, je le dis tout de go, affligeant.

Orpheline (c’est donc le titre du film) c’est : 1 personnage, 4 âges différents (il a voulu surpasser Moonlight (!), « les 2 Adèle »(Exarchopoulos et Haenel) et cette envie de raconter la vie – pour le moins – difficile d’une de ses amies et co-scénariste du film. Soit. Jusque là on partait sur des bases correctes.

C’eut été si le le réal n’avait pas oublié en cours de route l’essence même du cinéma : prendre de la hauteur sur son sujet, l’imbriquer dans une réalité sociale et humaine.

Le film raconte l’histoire en « ordre inversé » c’est à dire que l’on fait d’abord la rencontre du personnage dans sa vie d’adulte pour découvrir à la toute fin la petite fille qu’elle était et comprendre la raison de toutes les douleurs et souffrances infligées.

Le reste du film n’est qu’une suite de vulgarités prégnantes (et vous savez que je ne suis ni bégueule ni portée sur la bienséance) mais voir une femme donner son corps et s’offrir à tout bout de champs me semble fatiguant.

Je comprends cette volonté de montrer des corps, de filmer la chair et d’aimer cela. C’est là que réside la toute puissance de la vie.

Tout comme la violence ou le sang, si le regard posé sur les personnages et sur la scène est maitrisé, alors le propos en devient clair, limpide et visible.

Le point de vue est ici réduit au néant. Que veut me dire Monsieur Des pallières ? Je n’en ai pas la moindre idée. Il me montre une femme, abîmée, qui a peu d’estime pour elle même, qui tente de trouver du plaisir et un certain équilibre dans les rapports physiques qu’elle entretient avec ses hommes de passage et forcément, sans cette prise de hauteur, le tout m’apparaît comme étant vulgaire et surtout sans but et inutile.

Adèle E que j’ai tellement aimée dans La vie d’Adèle prouve à nouveau qu’il lui faut un vrai bon directeur d’acteur pour qu’elle puisse donner toute l’essence de son âme (jusque là clairement, Kechiche est le seul et l’unique à avoir pu faire sortir cela), l’autre Adèle fait le job mais perd toute la lueur qui innonde son corps et ses yeux : elle donne ici la sensation de marcher sur le fil du rasoir et de ne pas savoir où elle va ni ce qu’elle fait et gosh que je déteste ressentir cela au cinéma.

J’ai passé les 3/4 du film à lever les yeux au ciel par trop de néant et de dévalorisation.

Je suis sortie de la salle avec un réel agacement augmenté par l’échange lunaire que nous avons eu avec le réal, Adèle H et Solène Rigot. Visiblement gênée par les avis identiques au mien, c’est avec les larmes aux yeux et une certaine et légère agressivité qu’Adèle H a partagé sa vision des choses (ce qui fut presque touchant au fond tant elle se décrit comme féministe en général et participe ici de la vision presque grégaire du réal).

Vous me direz que tout n’est pas perdu puisque ce film m’à fait largement réagir mais non. Je n’accepte pas cette vision basique de la sexualité et de la vie intime d’une jeune femme. C’est là bien trop imprudent que d’en plaquer les contours. Il eut fallu en éclairer les méandres pour en faire ressurgir la force de vie qui se niche, tout au fond. Je ne l’ai pas vue.