Moonlight

Moonlight

Moonlight, l’entrain général, les Oscars en ligne de mire, le ghetto et le mal de vivre en gros plan… ça sentait le pathos à vue de nez.

Cela dit la tentation de découvrir ce film flottait dans un coin de ma tête et quelle sage décision j’ai eue de faire honneur à mon instinct.

Appelez cela un 6ème sens cinématographie si vous voulez ! Ce film est une pépite, il ne fallait clairement pas le manquer.

Voilà longtemps que je n’avais pas vu quelque chose d’aussi fort.

On est plongé au cœur de la vie et du quotidien de Chiron de l’âge de 10 ans jusqu’à l’âge adulte. 3 acteurs interprètent le rôle durant l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte donc.

Clairement et puissamment, la douleur et la souffrance sont là.

La douleur et la souffrance de grandir sans père avec une mère rongée par le crack.  La douleur et la souffrance de se sentir à la marge avec tout ce que cela comporte notamment à l’âge adolescent où le cœur de la « tâche » est de se sentir appartenir à un groupe, de se savoir reconnu par son milieu et son environnement.

Chiron est loin de se fondre dans la masse et nous spectateurs, voyons au tout premier regard que c’est là sa force.

Il n’est qu’une ombre mais une ombre qui vibre, emplie de souffrance par tant de non-dits mais une ombre qui cherche, se questionne, se demande parmi une masse insensible qui ne se posera jamais la question du choix de leur vie future mais reproduira sans questionnement aucun les codes d’un monde fermé (le ghetto) auxquels ils semblent attachés malgré eux. De la force pernicieuse du déterminisme social.

Alors oui, Chiron, adulte, finit par se conformer aux codes de son milieu social mais il parvient à garder une telle vérité et il émane de lui une telle personnalité qu’il devient évident que jamais il ne se fondra alors dans la masse d’un monde incolore qui voudrait faire de ses ouailles des moutons.

Moonlight exprime une vraie et profonde tristesse et douleur mais en même temps une telle force de vie qu’il devient une œuvre sincèrement touchante. Point de pathos comme je pouvais l’imaginer et dans lequel d’autres réals se seraient vautrés mais une source de vie assez folle.

Barry Jenkins (le réalisateur que je découvre avec cet opus) a insufflé une sincérité très forte dans son film et prouve qu’il excelle en directeur d’acteurs : diriger aussi brillamment un enfant relève du quasi génie. J’en suis époustouflée. On est très clairement face à ce genre de pellicule de laquelle émane une puissante force de vie.

Il ne se prive pas de donner à son film quelques accents « clipesques » avec ces séquences fluo qui nous électrisent mais garde toujours à l’œil cette idée de « filmer le vrai », il n’édulcore jamais son propos et prend le parti de montrer la violence sociale telle qu’elle est, sans la minimiser. Le dosage est savamment maîtrisé. L’oeuvre est puissante.