Mais vous êtes fous

Mais vous êtes fous

Je me méfie des « histoires vraies » contées au cinéma. Je préfère de loin la grandeur et l’invention des « il était une fois ».

Pour cette histoire précisément, ce sont clairement les têtes d’affiche qui m’ont attirées l’œil. Pio Marmai et Céline Sallette, comment bouder la promesse d’un tel duo.

Et puis ce sujet à mi chemin entre enquête policière et drame familial m’intriguait. J’avais hâte de voir ce père de famille (Pio Marmai dans son premier rôle tragique) en proie à ses démons cocainés, se débattre pour parvenir à réunir sa famille à nouveau.

Très vite alors que le film venait de débuter, j’ai compris que j’aurais pu voir un film racoleur et bien spectaculaire. Mais j’ai finalement vu un tout autre film, d’une subtilité rare.

Car la toute jeune réal (c’est là son premier film en tant que réalisatrice) évite tous les effets et écueils dans lesquels elle aurait pu enfermer son film. Disons le clairement, avec un sujet pareil, elle aurait pu nous livrer un film glauque et provocant.

Le film est juste à chaque instant et sobre. Pio Marmai incarne avec brio le rôle de cet homme, et bientôt ce père, brisé par une fêlure qui le mine depuis trop longtemps mais qui tente malgré tout de faire face, de garder la face.

Céline Sallette contribue à la justesse du film en mettant tout son corps à contribution. J’entends pas là qu’elle est une des rares actrices française, je trouve, à partager des émotions avec son corps tout entier. Son visage et son regard de chat seraient déjà largement suffisants mais elle anime la pellicule de sa présence assez enivrante. Elle est pleinement là, toujours, forte et résistante voir résiliente quoique d’une fragilité extrême. Elle m’impressionne.

Et le film avance, ne recule devant aucune réalité crue relative à la situation à laquelle sont confrontés ces parents (ils perdent la garde de leurs deux filles) mais reste toujours dans les rails, comprenez qu’il refuse de virer vers le traitement d’un fait divers. Là, le film aurait été d’une banalité confondante alors qu’on ressort ému et bouleversé du parcours de cet homme, de cette femme, de ces parents, de ce couple. La réal met en lumière tous ces pans là, toutes ces facettes des humains qu’elle filme.

Pour donner vie à un film dénué de toute forme de pathos, qui laisse sa trace.