Libérer la parole

Libérer la parole

Lui est un prof de fac renommé. Il a le verbe haut, le savoir des sages et le charisme de ceux que l’on écoute. Mais l’homme est heurté. Il est amer, pessimiste, aigri et ce que je pourrais qualifier de polémico-raciste (un peu comme Finkie si vous voyez).

Elle « fait son droit », en première année à Assas. Elle a la tête bien faite, un sens de la répartie aiguisé et l’envie d’avancer très loin. Elle est solaire, vivante, très attachée à sa famille et à ses amis.

La rencontre des deux va donner lieu à un choc des personnalités : toutes deux bien ancrées dans leurs certitudes et leurs convictions.

C’est en fait la rencontre de deux amoureux des mots, l’un déjà bien investi et imprégné des codes sociaux du milieu qu’il côtoie et l’autre en plein apprentissage.

Sur le papier le sujet résonne. Il nous dit l’importance des mots, de la parole et de ce verbe que l’on doit toujours porter haut. Le générique de lancement nous montre ces hommes – alors oui au risque de me vautrer dans ce sujet ambiant : aucune femme pour incarner la maîtrise de la parole ? – parmi lesquels Gainsbourg et Brel qui portaient bien haut leurs mots. Ces mots sans cesse pesés et maîtrisés. De l’importance de la résonance que l’on donne à nos cordes vocales.

Sur la pellicule, une infinie platitude et aucune étincelle. C’est fort dommage car le sujet me plait et me semble majeur en ces temps où l’on parle d’éducation et de culture et de ce besoin de les placer au cœur de tout apprentissage (ô que oui).

Personne ne viendra nous contredire : l’expression qui est la notre évoque tant de choses de notre personnalité, de notre histoire. Le timbre de la voix, le rythme auquel nous nous exprimons, la posture que nous prenons… tout cela dit bien plus de nous que nous ne voudrions laisser transparaître.

Et puis cet amour pour le bon mot, pour la bonne expression ou la bonne intonation. Quel délice que de pouvoir jouer avec les mots, leur multiplicité, leur résonance.

Dommage seulement que le film n’évoque rien ou trop peu de tout cela. Ou est le vibrato de la pellicule ? L’alchimie entre les personnages et la puissance de cette relation pygmalionesque ? (Oui j’aime également jouer avec les mots et inventer des termes).

Voilà un essai jamais transformé. Un bon mot qui tombe à plat.