L'humanité

L’humanité

Ce temps qui passe et nous questionne. Ces proches avec qui l’on a partagé tant de moments, à la lisière de leur vie, ces lieux chéris en proie à des reconstructions en tous genres, ces sociétés en plein chamboulement. La vie qui passe.

Le nouveau film de Guédiguian s’ouvre sur cela. Un monsieur qui nous apparaît comme étant au crépuscule de sa vie contemple un lieu que l’on imagine être le sien – son environnement – depuis toujours, en l’occurrence il s’agit de la calanque de Méjean, à Marseille qui servira de huis-clos à tout le film. Il scrute l’horizon comme pour prendre une dernière bouffée d’air et puis dans un souffle, plus rien. Ou si peu.

S’en suit le retour de sa fille (sublime et sublimée Ariane Ascaride) qui intervient après une absence qui se compte en décennie, un retour qui réunira la fratrie (Darroussin et Meylan) autour de leur père, mourant.

Comme à son habitude Guédiguian regarde le monde et nous en parle. Il regarde ce monde en mouvement et nous dit ses interrogations face à une envie de se dire que oui décidément « c’était mieux avant » – avant l’emprise des banques sur notre économie et la montée en puissance de cette politique libérale, avant la pollution – dégueulasse – qui irradie les endroits les plus purs et sublimes de notre Terre. Avant cette vieillesse qui nous affaiblit puis nous emporte et que l’on côtoyait simplement de loin…

Il y a définitivement de la nostalgie dans ce film mais une nostalgie maitrisée que je qualifierais d’utile. Cette même nostalgie qui nous permet de lancer un rapide regard en arrière mais qui n’empêche nullement d’avancer et de penser à demain.

C’et ainsi que le réal nous donne à voir un film qui prend le temps. Le temps de poser son sujet, de nous présenter ses personnages et de déceler leur histoire à chacun. La mise en scène de ce huis-clos nous montre que ce lieu n’est en rien reclus et que la vie circule (le passage du train qui va et revient).

C’est un peu toujours la même histoire avec le cinéma de Guédiguian. Je me laisse emporter dès les premières minutes puis, le décor une fois installé je me laisse bercer par la vie qui s’en dégage, par ces discussions sur la vie, l’amour, l’engagement politique…

La Vie vue par Guédiguian

Et puis bim. Il vient appuyer un sujet qui volait au dessus du récit et il m’emporte totalement. La découverte, dans la calanque, de cette fratrie syrienne réfugiée dont les deux petits se tiennent – fort – la main pour ne surtout pas se perdre. Rien de pire que de se lâcher. Et la grande sœur qui veille. Guédiguian les filme avec une telle beauté que l’émotion monte.

Là encore, tout comme cette nostalgie qui innonde le film mais qui est totalement maîtrisée, cette émotion qu’il convoque chez le spectateur n’est pas biaisée : juste vraie et honnête.

Il veut nous dire l’importance de l’accueil de ces peuples en mouvement. Ces hommes, femmes et enfants que nous ne savons pas approcher et pourtant… Il en est de notre devoir. Le futur nous jugera sur cela.

Et puis comme toujours chez lui, il vient pointer du doigt toute la richesse qui ressort de tout acte humain, du don de soi et de l’ouverture à l’autre.

Avec l’accueil de cette fratrie, il vient boucler une boucle par cette vision en miroir de ces deux fratries qui s’apportent mutuellement. Ils se sont redonné vie.

Le monde bouge, les sociétés évoluent pas toujours pour le meilleur mais les valeurs les plus basiques restent. À nous de les maintenir bien en vie et de les passer, tel un trésor, à ceux que nous aimons, accueillons, cotôyons.

Guédiguian dit la consistance de la vie et le besoin d’humanité qui lui donne corps.