Le sens de la fête

Le sens de la fête

Les mots ont leur importance. Qu’est ce qu’au fond que ce « sens de la fête » si ce n’est celui de vouloir irriguer un moment de vie important – ici un mariage – de Vie justement, et de sens.

Donner du sens aux choses, c’est ce que font avec brio le duo Toledano et Nakache et pas seulement depuis leur succès multi millionnaire Intouchables, mais déjà dans leurs premiers longs métrages.

Ils ont clairement cette capacité à évoquer les grands sujets de société sous des abords foutraques et humoristiques. Mais bien avant cela, ils ont la qualité de voir les gens, de porter un regard sur ceux que l’on ne voit et regarde que trop peu.

L’idée déjà de dépeindre une journée de mariage sous l’angle des « petites mains » qui s’agitent en coulisse pour faire de ce moment un temps forts de joie, de rire et de convivialité est à lui tout seule la preuve d’un humanisme puissant.

Plus encore, leur pâte eux est de mixer tout cela sous le prisme de l’humour et de la comédie comme pour nous dire que l’on peut, que l’on doit même, pouvoir rire de tout, même en temps de crise.

Ici l’état d’urgence est dû à une viande qui a tournée ou à des plombs qui ont sauté. Ni une ni deux, et même si des agacements mutuels et autres tensions ont lieu par ci par là, l’esprit d’équipe est à son comble et « l’on s’adapte », on colle au terrain pour avancer, remplir sa mission et faire de ce moment une fête.

Autre preuve de la qualité du regard des 2 comparses, dans ce film choral, chacun des personnages existe : du chanteur grande gueule (superbe Gilles Lellouche) au photographe old school et pseudo formateur (touchant JP Rouve) à la numéro 2 et bras droit du patron au tempérament électrique (sublime Eye Haidara (qui pour moi est LA révélation de ce film : le charisme de la meuf !) ont tous leur moment et ajoutent leur pièce à ce puzzle humain digne des plus beaux tableaux et panoramas du cinéma français.

Au dessus de la mêlée peut être, Jean-Pierre Bacri qui, contrairement à ce que j’ai pu lire ci et là, sort ici de ses rôles de grognon de base. Son rôle est plus complexe que cela. De mari cocu à amant goujat, il est à la fois tendre et irritant en « petit patron » affectueux et compréhensif.

C’est là que le film gagne en pronfondeur et touche du doigt les réalités d’une société qui voudrait tenir certaines franges de la population la tête sous l’eau. Contrats aidés, travail au noir, taxation, emploi de travailleurs détachés ou sans papiers… le film met le doigt sur la réalité du monde du travail en France.

Mais avant tout et sans aucune complaisance, il met le doigt sur la richesse de notre pays et la chance que nous avons de pouvoir côtoyer des gens venus d’ailleurs prêts à nous offrir leur énergie, leurs connaissances, leur âme.

C’est là que les deux réal savent manier l’humour puis him, l’émotion qui vient nous étreindre. Leur maestria consiste à imbriquer des espaces de vie dans leur films.

Et l’on en revient à leur capacité à poser un regard bienveillant et non biaisé sur les gens qu’ils filment.

Les rois de la comédie française circa 2010’s. La richesse de l’humanité en plus.