Le rôle de sa vie

Le rôle de sa vie

Quel bonheur d’avoir renoué avec le cinéma par le biais d’un tel film. Depuis quelques semaines mon rythme de croisière cinéphile était quelque peu distendu. Sur ma liste de « films à voir » plusieurs titres pourtant, mais aucun qui ne m’a réellement fait me bouger. Fait rare moi qui suis plutôt du genre grosse consommatrice. Mais justement, il est bon, parfois, de faire une pause pour mieux revenir aux choses de la vie que l’on aime tant. Les retrouvailles n’en sont que plus fortes.

C’est une vraie réflexion. J’ai parfois le sentiment d’engloutir les films et ai parfois peur de trop en faire et au final, de ne plus vraiment goûter au bonheur que procure le fait de s’installer dans une salle, de voir la lumière s’éteindre et de se laisser porter par les images qui s’offrent à nous.

Une fois de plus, car cela me vient par période et ce n’est pas la première fois, l’usure n’est point possible lorsqu’il est question de cinéma. Les – bons – films savent se rappeler à nous, savent toujours nous surprendre et nous étreindre. Au point de parfois nous donner la sensation de vivre l’expérience, à nouveau, pour la toute première fois.

J’en ai fait l’expérience ce soir devant Maryline.

J’ai fait la découverte de cette jeune femme – présente dès l’ouverture du film et ce, jusqu’à cette dernière image d’elle – debout sur scène – avec une innocence de non cinéphile. C’est comme si je redécouvrais tout l’envers, l’univers et la puissance universelle du cinéma.

Ce sentiment est sans aucun doute dû à cette légère absence des salles ces derniers temps mais surtout au modus operandi du film de Guillaume Gallienne qui se veut être une réflexion avant tout sur le cinéma et le théâtre. Sur le jeu. Sur le métier de comédien et d’acteur/trice.

C’est ainsi que nous sommes plongés dans l’univers des plateaux. J’adore ! Moi qui suis friande de découvrir et savoir ce qu’il se passe sur les plateaux de cinéma, le rôle de chacun, l’ambiance, l’attente, la direction des acteurs, le choix des costumes, les répétitions… Enfin pouvoir découvrir l’envers du décor, le vrai du faux, la magie du cinéma.

Mais plus encore que cela, c’est tout le chemin de croix d’une jeune femme trop mal équipée pour la vie que Gallienne filme. La lourde et longue route d’une artiste au sens propre du terme, malmenée par la vie et perdue dans les méandres d’une société codifiée qui rappelle à chacun le besoin de suivre des normes et de marcher bien dans les clous.

Maryline n’est pas de celles là. C’est une rêveuse, une naïve, une douce, une délicate totalement inhibée qui ne devra son salut qu’à la bienveillance de quelques personnes rencontrées, posées là sur sa route. Sublime Vanessa Paradis qui m’apparaît mature et sobre et belle et vraie pour la toute première fois.

Sans être neuneu du tout, Guillaume Gallienne filme ceci avec brio. Il magnifie son actrice – son âme – sur qui la lumière se glisse à chaque scène, même lorsque l’obscurité est là, bien présente, et lourde.

Il dit aussi la dureté du cinéma pour au contraire montrer la bienveillance du théâtre, plus chaleureux, plus accueillant aussi. Là, le propos est peut-être un peu binaire mais il choisit de réaliser un film pour porter son propos ce qui contrebalance totalement ce sentiment de préférence pour les planches qu’il aurait pu laisser présager.

Ce film dit toute la difficulté à se trouver. À se découvrir, à s’apprivoiser. Chose peu aisée qu’il nous est demandé de gérer toute notre vie durant.

L’actrice Adeline d’Hermy irradie littéralement et offre ici une prestation bluffante entre douceur et rage, douleur et légereté. C’est toute la dualité de la vie qui est ainsi également portée à l’écran.

Le cinéma, cette catharsis. Et aussi bien pour l’acteur que pour le spectateur.

J’ai rarement vu porté à l’écran, avec autant de justesse et de force, l’importance majeure du cinéma dans nos vies à tous.

C’est brillant.