L'anamour

L’anamour

Le décor est planté. La caméra balaie une nature lourde et étouffante. La neige recouvre tout l’univers du film et continuera de tomber, sans discontinuer, tout le film durant.

On est en Russie et au risque de faire dans le cliché, l’ambiance est un peu lourde. On ne fait pas dans la dentelle. Nous entrons de but en blanc au cœur de cette famille dysfonctionnelle qui vit au milieu de beaucoup trop d’écrans et de trop peu de communication.

Elle est carriériste et égocentrique. Le réal nous la présente comme étant un archétype de cette société de consommation qui a finit par, totalement, déshumaniser ses convives. Lui semble plus mou, moins intéressé par son nombril qu’elle, mais soumis à ses seuls désirs d’homme. Ils se déchirent pour récupérer la plus grosse part de l’appartement qu’ils ont mis en vente – ils sont en instance de divorce – mais pas pour la garde de leur fils dont il n’ont que faire. Au milieu, leur fils justement, qui se cache derrière les portes et assiste, en larmes, à leurs engueulades nocturnes. Déchirant.

La première tranche du film est désincarné – et tant de froideur me laisse un peu de marbre – et nous montre une société décadente, en proie à des affrontements. La musique et la mise en scène ne font qu’accentuer cette représentation d’un monde qui court à sa perte par trop peu d’échange et de regards portés sur l’Autre.

De l’art de métaphoriser la chute d’une société par le biais de la séparation d’un couple et de leur relation à l’enfant.

Un matin, cet enfant, rejeté de tous, fugue. Les parents mettront 24 heures avant de s’en rendre compte (oui…) avant de se lancer dans des recherches approfondies au cœur même de cette nature froide et peu amicale.

Ces recherches, si elles représentent une épreuve, vont peu à peu permettre à ces parents dénués d’amour – notamment la mère – de plonger au cœur d’eux mêmes et de la relation qu’ils entretiennent avec ce fils mal aimé.

Le film va alors plus loin que la seule réflexion – trop facile – sur la reproduction sociale qui voudrait qu’un parent qui a lui même manqué d’amour prive son enfant d’amour. Le propos est plus fin que cela. Il évoque cette part viscérale qui vient alors rattraper cette femme, cette mère (c’est surtout son personnage à elle qui m’a marqué) qui va d’abord se ré-humaniser pour au final de re-déshumaniser. Oui c’est russe et c’est brutal ! Mais ça dit beaucoup de cette société où l’on ne sait plus regarder l’autre. Ou l’on ne sait plus se regarder soi même.

L’enfant est dans, dans cette seconde partie, absent mais sa présence inonde chaque plan et chaque dialogue.

C’est criant de vérité et la musique continue d’annoncer un grondement, un orage, une apocalypse.