L'Amérique trumpesque

L’Amérique trumpesque

On est loin du chic et du glam des Ocean (11, 12, 13) également signés Soderbergh. Point de costumes taillés sur mesure et de délicatesse dans la mise en scène des casses. On est plutôt dans cette Amérique trumpesque – en Virginie occidentale – là où les gamines se trémoussent dans des galas sur des airs de Rihanna, toutes maquillées de rouge et laquées comme jamais.

Le plaisir est le même. Soderbergh sait filmer les groupes soudés par un projet commun, en l’occurrence un braquage. L’intrigue prend de suite sans tarder et nous emporte au coeur de la vie des personnages dès les premières minutes du film. Et de la délicatesse il en est finalement question, beaucoup.

Il plante son décor et déjà nous sommes immergés, nous savons où et avec qui nous sommes. Brio.

Et puis surtout ici, il filme ses personnages – autant dire des bras cassés – avec une telle tendresse qu’il en devient clair qu’ils sont à ses yeux des vrais héros. Sans doute des anti-héros mais des héros tout de même. Des héros qui se démènent, réfléchissent, mettent en place un coup, un plan. Il semble vouloir nous dire que cette simple capacité à mettre en place un projet mené de bout en bout est en soi une preuve de brio, de charisme et de grande qualité humaine.

Alors on pense à Prison Break (le frère qui se fait incarcérer pour les besoins du plan), on apprend à fabriquer une bombe à base de bonbons qui piquent mélangés à de l’eau de javel et l’on suit les péripéties de cette troupe haute en couleur (pour la chevelure jaune lavasse de Daniel Craig qui surprend ici dans un rôle à l’opposée de James Bond, oui donc l’habit fait bien le moine).

Le tout est franchement savoureux, superbement mis en scène (le point fort de Soderbergh je pense que nous sommes d’accord sur ce point) et donne lieu à de vrais quiproquo et autres loupés grinçants.

C’est en fait une belle mise en lumière de cette Amérique profonde comme on aime à l’appeler qui regorge de gens pétillants, bancals certes et pas toujours qualibrés mais futés et pour qui les liens du sang comptent plus que tout.

Réjouissant !