La mule

La mule

« Un road movie crépusculaire », voilà ce que j’avais entendu dire sur ce film, le nouvel opus de Clint Eastwood (88 printemps, ici à nouveau derrière et devant la caméra).

C’est en fait cette bande annonce (à visionner ci-dessous) je dois dire qui m’a convaincue. Tout en nuances, qui évolue sur un fil. D’abord avec délicatesse, magnifiant ce danger qui rôde.

C’est donc pleine d’enthousiasme que je m’apprêtais à retrouver ce bon vieux Clint, qui m’avait clairement perdue avec son American Sniper patriotico-conservateur. Pour ne pas parler de son 15h17 que j’avais boudé.

Quelle douche froide au final ! Je suis passée totalement à côté.

J’ai trouvé le film souvent mal joué : a t-on encore le droit de filmer l’agonie puis la mort de cette façon ? (spoiler pardon mais ne meurt pas qui vous croyez !)

Et cet esprit réac ! Clint se rêve en passeur de flambeau et nous assène ses belles pensées (certes justes et tout à fait recevables) mais horripilantes à  mon goût. Cette sensation de m’entendre dire « fais plutôt ci », « tu ne devrais pas faire comme ça »… bouh, HORRIPILANT !

Et pire que tout : je n’ai absolument rien ressenti. Aucune émotion ne m’a étreint. Je n’ai pas eu envie de rire à ses blagues ni à ces moments de pseudo connivence avec les membres du Cartel. J’ai vécu ce film comme s’il l’avait fait de façon machinale, sans y mettre son âme. J’ai trouvé tout le déroulé totalement mécanique, pas incarné et cousu de fil blanc.

C’est aussi la vision tellement caricaturale qu’il a de dire et montrer les choses. Choisir de montrer cette Amérique raciste est une chose mais je me suis demandé un instant s’il ne se complaisait pas là dedans justement.

Autant dans son très beau Gran Torino, il disait quelque chose du racisme ambiant, donnait le sentiment de prendre partie, de s’engager. Ici, d’aucune façon il ne cherche à prendre de la hauteur sur son sujet. Le leitmotiv étant de nous dire « j’ai 88 balais, j’ai vécu, je sais de quoi je parle, écoutez moi je peux vous apprendre des choses » HELLO LA SUBTILITÉ du message et de la notion de partage !

Si j’osais, je dirais que j’avais hâte que les uns le tuent ou que les autres l’arrêtent. Qu’on en finisse.