La filiation

La filiation

Et vous, être vous à cet instant à l’endroit même où vous souhaitez être ?

On pourrait croire que le propre d’une vie est d’aller vers ce qui nous plait, nous convient, nous porte. Hélas, l’univers n’a pas écrit les choses de façon si linéaire et l’hérédité, les aléas de la vie passent pas là. Il devient parfois difficile de suivre sa route, sa propre route, celle que nous avons choisie et qui coïncide parfaitement avec ce à quoi nous aspirons.
C’est là le propre de ce film japonais qui invite à la réflexion sur cette vie qui est la nôtre et que l’on se doit de ficeler pas à pas, pour nous et les autres, ceux que nous aimons. C’est avec toute la délicatesse que nous lui connaissons que Kore Eda trousse devant nos yeux cette histoire familiale décousue, à la lisière de la déconstruction totale.

Le père, écrivain reconnu par ses pairs pour un premier roman peine, depuis des années, à renouer avec le talent et le succès. Il se perd dans une vie quelque peu dissolue et a renoué avec les démons de son père, décédé : les jeux d’argent. De la lourdeur de l’hérédité. Seul son fils lui permet de garder un semblant de droiture et de constance. Il le voit chaque mois, lorsqu’il parvient à payer la pension alimentaire qui lui est réclamée, et son bonheur est de lui faire plaisir, de transmettre. C’est justement la relation tendre qu’il entretient avec son jeune ado qui l’invite à la réflexion, à un retour dans les souvenirs du passé comme pour tenter de reconstruire une vie dont il a perdu le fil et donner à son fils un cadre de vie, un cadre familial, des repères. De la beauté de la transmission.

C’est sur cette double tension que choisit de jouer le réal qui maîtrise son sujet à la perfection. La famille, les liens filiaux, c’est son dada. Et c’est doux et puissant.

La grand-mère, fantasque, apporte une touche de légèreté pour que jamais le propos ne soit plombant. L’humour dont elle a le secret et qui imprègne la pellicule est pour moi l’une des plus belles preuves de la force internationale du cinéma qui parvient à nous lier tous, que l’on soit de Paris, Tokyo ou des villes et villages alentours.

Quelque chose passe. Subrepticement. Ne serait-ce pas une onde de vie ?