Kings

Kings

La scène d’ouverture est puissante, vibrante et lourde de sens. Elle donnera le ton de tout le film alors marqué par une violence aiguë et assez assourdissante. Impossible de zapper le regard et l’attitude de cette jeune fille presque nonchalante mais tout bonnement libre et insouciante qui ne demandait qu’à s’acheter une bouteille de jus d’orange.

Mais voilà, nous sommes dans cette Amérique des 90´s, marquée par le racisme ordinaire, ambiant et immonde.

En toile de fond le procès Rodney King qui passe en boucle sur toutes les télés de la ville et transforme ainsi Los Angeles en une immense usine à gaz si proche de l’explosion.

Deniz Gamze Erguven la géniale réal de Mustang qui m’avait tant touché et qui signe ici son second film, donne un pendant à toute cette violence exacerbée, qui se révèle sous les traits de Millie (sublime en tous points Halle Berry) qui nous apparaît ici comme étant une femme courage tant elle mène de front l’éducation des nombreux enfants qu’elle recueille, la préparation des brioches qu’elle confectionne et vend chaque matin et toute la gestion des tracas du quotidien dans une telle société en ébullition. Elle nous épate en femme digne et frondeuse qui ne recule devant aucun danger et reste capable de donner à ses enfants une telle bulle de bonheur et de douceur.

Le film oscille donc entre ces moments de pur brutalité et de douceur ultime : tout est un peu trop mais tout sonne tellement vrai comme pour dénoncer au mieux et au plus juste les horreurs causées par une société abîmée par la haine de l’autre.

Deniz aime définitivement filmer les groupes, les fratries et par cela exprimer l’urgence nécessaire à (re)créer du lien et des ponts entre les humains.

Ces corps entremêlés, ces visages souriants, comme bercés par l’amour inconditionnel de Millie… Cette photo à elle seule symbolise le soleil qui inonde ce film dur et âpre. Le cocon familial que cette mère d’accueil et de cœur tente de recréer est à lui seul le socle d’une histoire pourtant lourde et difficile bercée par le chaos ambiant. Regardez comme toutes les formes de ce plan sont arrondies, douces et délicates. C’est bel et bien un soleil puissant et un arc-en-ciel merveilleux qu’elle offre à ces enfants. Et la possibilité d’un avenir plus coloré et paisible ?

Le tout est parfois malhabile mais je comprends sa volonté de nous épargner. En ce sens, son Kings est l’anti « Detroit » de Kathryn Bigelow qui ne vise qu’à montrer la pure violence d’un moment de l’Histoire. Ici, il est question de romance (de façon disons le un peu trop puérile quoique délicate) et de pseudo comédie notamment par le biais des enfants qui ne cherchent qu’à voir des « bagarres » et des « explosions » et ne sont pas avares de bêtises en tous genres.

Plus encore que pour nous épargner, j’ai perçu cela comme un moyen de nous signifier que la vie continue toujours à se frayer un chemin et ce, même dans les périodes les plus tragiques. Elle montre aussi et surtout l’urgence de renouer avec l’audace et l’amour.

Le tout est rapide, ne nous laisse souvent pas une seconde de répit mais dit la réalité de vies rongées par un climat délétère et dangereux.

De l’audace et de l’amour, voilà ce qu’il nous faut pour remettre à plat les conséquences de la haine qui nous environne bien trop souvent.

De l’audace et de l’amour.