Il y a un pilote dans l'avion

Il y a un pilote dans l’avion

Sully (oui comme dans Docteur Quinn) c’est l’anti Titanic. Comprenez : un commandant de bord chevronné qui s’appuie sur ses années d’expérience pour parvenir à son apogée professionnelle et humaine.

Le 15 janvier 2009, à la suite d’un impact avec une nuée d’oiseaux, un vol de US Airways perd ses deux moteurs peu après son décollage à NYC. Devant l’impossibilité de se poser sur une piste d’attérissage proche, le commandant décide un amérrissage d’urgence sur le fleuve Hudson. Les 155 passagers dont toute l’équipe à bord sont sains et saufs.

Cette affaire, je m’en souviens très bien. Un drame finalement évité grâce au sang froid d’un homme ayant fait le bon choix. L’Amérique – toujours en quête de héros – se voyait alors vivre un temps fort de son histoire. L’Amérique faisait sa catharsis du si sombre 11 septembre 2001 et valorisait le sang froid et le courage de ses ouailles « tous mobilisés pour sauver 155 vies de la noyade et de l’hypothermie en seulement 24 minutes ».

C’est sur ce point là que Clint Eastwood choisit de mettre l’accent. Il sort du simple film catastrophe (merci pour ça car on a donné) pour nous livrer une vraie réflexion sur l’héroïsme et cette Amérique trop souvent encline au doute, à la suspicion et à l’attaque.

Étonnant pour celui qui a très ouvertement salué la victoire de Trump lors des récentes élections présidentielles américaines. Il ne cessera de m’étonner ce Clint : tellement réac en tant qu’homme mais grand humaniste en tant que cinéaste. Car il livre ici le portrait de ce pilote de ligne à la fois charismatique et somme toute irréprochable (mari, père et employé modèle) pour en extraire la part de doute et de questionnement.

Si l’on se souvient tous – dans les grandes lignes – de cet incident évité, beaucoup d’entre nous ne savaient rien de ce qui s’en est suivi pour le pilote et le co-pilote tous deux assujettis à une enquête de fond, menée par les hautes sphères, qui devait déterminer si la décision prise par le pilote (d’amerrir donc) était la bonne.

Le film use de flashback, de redites pour nous exprimer le propos sous différents angles et c’est là ce qui donne de la force à ce film / portrait d’homme.

Le propos du film n’est autre que de mettre en lumière la fourberie des sociétés d’assurance (qui bien évidement devaient rechigner à indemniser les passagers face à un tel drame) ainsi que les société du secteur des nouvelles technologies (ici les sociétés créant les tests et autres simulateurs de crashs et d’accidents). En clair : l’industrie, les grosses multinationales.

Sully n’est autre qu’une métaphore visant à exprimer l’opposition qui existe entre l’homme et la machine.
Sully ou cette incarnation de l’humain et de la vie qui priment sur toute autre chose matérielle.

Tom Hanks qui incarne ce pilote est magistral entre bonhommie, intelligence (le procès aurait clairement pris une toute autre tournure sans le charisme de cet homme) et sincérité.

Comme toujours chez Clint Eastwood, son personnage principal est un solitaire, un homme de l’ombre mu par ses seules certitudes et convictions (malgré des moments de doute qui le rendent encore plus humain). Un homme qui devra faire sa place face à l’adversité d’une société qui exige des prises de décision franches, des preuves, des faits et une grande dose de courage.

Autant de qualités qui font un bon gestionnaire de crise. Un héros en somme.