Grand Prix Cinéma ELLE - jour 2

Grand Prix Cinéma ELLE – jour 2

Grosse journée. 4 films « en compétition ».

J’arrive pile à l’heure pour découvrir ce film iranien dont je ne connaissais rien si ce n’est qu’il avait été présenté à Cannes.

Tout débute avec ce que je crois être un ventre noir, tout dur, dans lequel on vient planter une aiguille emplie d’un liquide transparent. Cette première scène me donne des frissons dans le ventre.

La caméra s’éloigne alors pour nous laisser découvrir qu’il s’agit en fait de pastèques dans lesquelles un homme « insémine » de l’alcool pour en faire une liqueur de pastèque qu’il aime à déguster lors de ses virées dans les bains chauds de la ville, seul, pour faire le point. Ce sont ses moments à lui.

Lui c’est Reza et l’homme intègre du film c’est lui. Il est jeune, est marié à une ravissante jeune femme avec qui il a eu un fils. Ils vivent dans leur ferme, joliment amménagée. Lui gère leur élevage de pisciculture et elle est directrice de l’école de leur village.

Ils mènent une vie équilibrée et sans embûche jusqu’à ce qu’un groupe d’hommes jaloux – les bons attisent et attirent les avides de pouvoir et de sang – se mettent à le faire chanter en lui intimant l’ordre de rejoindre leurs rangs. Lui, refuse et sa vie devient un enfer.

Il perd tout, de fil en aiguille.

Le réal qui a tourné ce film sans autorisation et donc en se cachant, cherche à montrer la corruption qui inonde et abîme son pays. Il cherche également à illustrer la censure qui gâche et empêche les populations de vivre librement.

A ce titre, j’ai aimé que le réalisateur utilise la mise en scène pour illustrer la censure qu’il préfigure dans son film au travers des scènes intimes entre le mari et sa femme.

Cette scène durant laquelle la femme oublie le lait sur le feu qui finit par déborder de la casserole est une belle façon de dire le désir qui les étreint. C’est allégorique et pur.

Le film est formellement très réussi et l’audience n’a pas manqué de souligner le rôle magistral de la femme qui prend la situation en main lorsque son mari, dépassé par les événements tend à se perdre mais il m’a manqué quelque chose. Quelque chose de l’ordre de l’intime justement. Une sorte d’empathie pour ce coupe qui n’est jamais venue, ne s’est jamais installée.

Ce film qui m’a semblé être le coup de coeur des autres membres du jury m’a quasiment laissée de marbre.

L’aspect aléatoire des effets du cinéma sur chacun d’entre nous.

Marvin est l’adaptation du roman d’autofiction En finir avec Eddy Belegueule qui m’avait tant touchée, bouleversée même il y a quelques années.

Adaptation assez libre puisque si elle reprend quelques détails très précis de ce que nous racontait Edouard Louis, la réalisatrice Anne Fontaine fait le choix d’extrapoler ce que son auteur aurait pu nous raconter de son ressenti face à l’apprentissage de la vie qui fut la sienne au sein de la famille et du milieu social dans lequel il a débuté sa vie.

Le film retrace alors l’histoire de ce garçon – extrêmement  bien interprété par ce jeune acteur sobre, qui m’a tant touchée – ce jeune garçon malheureux d’être né dans une famille où l’on gueule plus souvent qu’on ne se dit des choses gentilles, au sein de la laquelle la culture est inexistante, ou l’on se balade en slip et où on bouffe des frites.

Ce n’est pas un soucis en soi et j’ai le sentiment de comprendre ce que peut ressentir Eddy / Edouard / Marvin : beaucoup d’enfants grandissent de façon très sereine et heureuse dans ce type d’univers. C’est juste que lui, portait en lui cette envie, ce besoin de douceur, de poésie, de mots doux sucurés à l’oreille, de tendresse et d’écoute.

Anne Fontaine le signifie à merveille et le tout m’a touché au plus haut point. La douceur du regard porté par cette principale de collège qui fut la porte de sortie de ce jeune homme, celle par qui la possibilité d’une autre voie se faufile et vient tout à coup fissure le déterminisme social auquel il était voué.

Ça me bouleverse. Tu seras un homme mon fils ! L’Homme que tu choisis d’être.

Ah que je l’attendais ! L’adaptation par Dupontel du Goncourt 2013, Au revoir là haut.

Que je n’ai pas lu mais dont le titre m’a toujours fascinée. Et puis est venue cette affiche et avec elle la promesse d’un film créatif , libre, pétillant d’idées, riche.

Le film est tout cela et plus encore. Il mèle le classicisme le plus pur au baroque le plus décalé.

Il y aurait bien une histoire, un fil à vous raconter mais ce serait gâcher la magie.

Au revoir là haut, c’est cette histoire de masques que l’on met sur soi pour mieux révéler ce qu’il nous est impossible de dire et de montrer. C’est d’une beauté cinématographique sans nom !

Je pense que le film est parfait en tous points : esthétiquement, scénaristiquement parlant mais aussi pour ce qu’il montre d’une société abîmée par la guerre et par les puissances d’argent, ah la naissance de notre chère société de consommation et de la publicité qui l’accompagne !

L’avarice et la cupidité nous apparaissent ici comme étant la lie d’une humanité fragile, à respecter, à sauver.

Les acteurs sont sublimes à commencer par Nahuel Perez Biscayart (oui Sean de 120 bpm) qui livre ici une nouvelle prestation – masquée – remarquable. Il y a tant de douceur, de farce et de rigueur dans ses mouvements corporels.

Dupontel est génial en homme amical et amoureux, Niels Arestrup fidèle à cette image d’homme à stature, d’homme froid et implacable apporte autre chose à sa palette avec cette faille, cet amour paternel.

C’est loufoque et sérieux. Et surtout très intelligent.

Coup de coeur ultime.

 

Changement de style avec le nouveau film de Mélanie Laurent. L’affiche n’étant pas encore disponible, du moins ne l’ayant pas trouvée (et pour tout vous dire, je n’ai pas fouillé bien loin), je vous livre ici une photo de tournage dénichée sur l’Internet mondial (!)

Que vous dire ? Et bien pas grand chose, surtout vu comme ça, dans cet ensemble de films tous plus pertinents, subtiles et vivants les uns que les autres.

Ici, le tout débute par une sorte de clip – pour la nouvelle expo du Palais de Tokyo ? Un agglomérat d’amour fou, d’art, de passion, de petits bruits et de belles lumières. Certes. Mais pour en faire quoi ?

Cette plongée dans l’univers de ce couple m’a totalement laissée en marge.

Gilles Lelouche est bon, l’actrice est belle. Soit.

 

Pas de bande annonce disponible non plus mais ce court sujet pour vous présenter ce projet de film.

Il fallait bien une bonne dégustation de champagne pour se remettre de toutes ces émotions. Bien heureusement ELLE fait bien les choses et a choisi la maison Piper comme partenaire.

Vite la suite demain !