Grand Prix ciné ELLE : round 3

Grand Prix ciné ELLE : round 3

Voilà, nous avons refermé la porte de cette belle aventure que fut cette 3ème édition du Grand Prix cinema ELLE. Pas tout à fait me direz-vous car nous avons la perspective de nous revoir toutes à l’occasion de la remise du prix qui aura lieu le 7 octobre prochain. Avant cela, je vous invite à partager l’étape finale de cette expérience fort enrichissante.

Flash back sur cette dernière journée.

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Suzanne fut une belle découverte. De ce film, je ne connaissais que l’actrice principale Sara Forestier que j’avais entendu parler sur le plateau de Michel Denizot lors du dernier festival de Cannes, sans pour autant qu’elle dévoile beaucoup de chose sur ce film. Il est vrai qu’il est difficile de lui donner un synopsis de peur de rendre le sujet banal ou réducteur.

Je ne saurai trop dire ce que j’ai ressenti à l’issue de la projection. Comme un léger goût de déception… Après coup je pense pouvoir l’analyser ou du moins l’expliquer. J’ai été une fan, une grande fan des couples cinématographiques unissant une jeune femme innofensive voire prude à un bad boy. Je trouvais ces unions emplies d’une fougue et d’une force que je trouvais, déjà, très photogéique et de surcroit très « glamour ».

Mais ça, c’était avant… comme pour imiter un slogan devenu célèbre.

J’ai peut-être muri (qui sait) et évolué mais cette histoire d’amour du genre fut celle de trop et malheureusement je ne suis pas entrée dedans. Ce qui m’a quelque peu gaché le film.

Cela dit, le film ne s’arrête pas à cette histoire d’amour. Le film tourne autour de cette Suzanne que l’on suit durant 25 ans. Et la voir grandir, évoluer, tomber et se relever est une très jolie histoire.

Une histoire de déterminisme social déjà. J’ai aimé justement la douceur que la réal pose sur cette famille jamais épargnée par la vie mais qui avance, qui avance malgré tout.

L’amour entre le père et ses filles est d’une force qui transperce l’écran, idem pour la complicité et la quasi fusion qui existe entre les deux soeurs et enfin, cette relation salvatrice qui lie Suzanne à ses deux enfants font de ce film une vraie histoire d’amour à part entière.

Le film également, traite de la force de la vie, de ce « réflexe » de vie même… Suite au drame (je ne voudrais trop rien dévoiler du scénario car je vous engage vraiment à aller découvrir ce film), Suzanne que l’on imagine bien aisément anéantie, trouve la force de rebondir, de se relever, d’affronter ses erreurs pour mieux recommencer.

C’est franchement beau. Sara Forestier (que j’ai eu l’impression d’être la seule à défendre avant la projection de ce film) nous prouve ses grands talents d’actrice. Elle a une force en elle qui est assez incroyable. Une vérité et une originalité qui lui permettent de sortir du lot. Adèle Haenel que j’avais découverte dans l’Apollonide de Bonello prouve, elle aussi, son talent et François Damiens vient appuyer ma théorie selon laquelle les comiques sont, de loin, les personnes les plus talentueuses dans le drame. Sans trop en faire, il ose nous montrer ses failles et entre complètement dans le personnage de ce papa meurtri. Du grand art.

Suzanne est un film elliptique, sincère, qui n’en fait jamais trop, qui donne tout, qui prend aux tripes. Un film qui sonne tellement vrai qu’il nous parle forcément. Et je réalise en écrivant ses lignes qu’il commence à faire son effet. Je n’étais peut etre pas convaincue à l’issue de la séance mais sens que ce film va me marquer, m’habiter quelque temps.

Signe de réussite.

 

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Dans un genre totalement différent, Quai d’Orsay fut également une belle surprise. Il est adapté de cette BD du même nom que je ne connaissais pas du tout, elle même basée sur des faits réels. Quai d’Orsay nous emmène sous les ors de la République et dans le bureau de Dominique de Villepin renommé Alexandre Taillard de Worms pour l’occasion, alors ministre des Affaires Etrangères. Nous sommes au moment du fameux discours prononcé à l’ONU, de la crinière grisonnante, des joggings à répétition, du tein hâlé. A cette époque où l’on se demandait si la France devait ou non suivre les Etats Unis et entrer en guerre contre l’Irak. Oui ce film est « historique » et politique, non ce film n’est pas pénible et encore moins rébarbatif. Il s’agit d’une comédie politique et j’aime assez cette façon qu’a choisie le réal (Bertrand Tavernier) pour entrer dans le sujet.

Je pense pouvoir dire qu’au delà de la dimension politique, ce film nous parle à tous. Déjà on se marre et ça fait du bien ! Cela permet de désacraliser la politique et les diverses fonctions qui lui sont liées.

Le film raconte l’histoire vraie d’un jeune conseiller – en charge du « langage », comprenez, c’est à lui qu’incombe la responsabilité des discours du Ministre – qui va devoir se faire une place au sein du cercle fermé de la politique française.

J’ai été très étonnée de découvrir les dessous de ce ministère et de ce ministre dont je ne connaissais quasiment rien. J’y ai découvert le portrait d’un homme charmant quoique nerveux, très nerveux et dont l’énergie est, si ce n’est communicative, fatiguante !

Dominique de Villepin est convaincu, passionné et très énergique. C’est un passionné des mots. Ce qui est intéressant dans ce film c’est le fait qu’il nous rappelle l’importance du mot juste, de la grâce de la diction et de la formule.

Ce qui est quelque peu flippant dans ce film, à contrario, c’est cette vision quelque peu « foutoire » de ces dirigeants à qui l’on confie notre sécurité, nos enjeux politico-financiers et j’en passe… Cela peut faire sourire mais j’ai aimé le fait que le film nous rappelle qu’il s’agit avant tout d’hommes et de femmes, comme vous et moi. Des hommes et des femmes attirés par le pouvoir, sans pour autant que cela soit perçu de façon négative. Vraiment rien de méchant ici. Nous sommes clairement là pour rire. Mais le message passe complètement.

C’est frais, bien pensé, fun et à l’image de cette société où la forme compte parfois bien plus que le fond. Ce n’est pas tant la peine de donner dans le concret pourvu que nous ayons la bonne façon de présenter les choses…

True story !

Pour découvrir la bande annonce, c’est ici

 

Au sein du jury ELLE nous avons en tout cas favorisé le fond ET la forme puisque s’en est suivi un débat enflammé qui mixa rire, bons mots, sens de la formule, émotions, larmes même… La magie du cinéma a clairement opéré. Nous étions toutes nous mêmes, en phase ou pas face à cette sélection qui a permis de remuer des émotions enfouies, de nous plonger dans des séances de rires et dans tous les cas, de nous faire réfléchir à la vie, au monde qui nous entoure. Un très beau voyage !

Merci ELLE et à vite.