Girl

Girl

J’ai revu récemment Laurence Anyways, ce film fleuve, grandiloquent, visuellement dingue et terriblement pop et humain signé Dolan.

C’est là un parfait point d’attaque pour vous parler de Girl, vu lors de mon retour à Paris, après Cannes.

Étrangement, moi qui écris quasi systématiquement (dans les 24 heures qui suivent la projection) sur le film que je viens de voir, cette fois, j’ai eu envie de laisser décanter. Laisser ce film vivre en moi.

Car voilà bien un film qui m’a marqué, bousculée, interrogée…

Girl a reçu la caméra d’or (le meilleur premier long métrage de toutes les sélections du festival) à Cannes en mai dernier. Il aurait été un sérieux candidat à la palme s’il avait été présenté en compétition officielle.

Car voilà un film d’une pureté infinie mêlé à une envie de cinéma folle.

Girl narre l’histoire de Lara, née Victor dans un corps de garçon qu’elle ne reconnait pas.

Étrangement, et c’est en cela que le film gagne en puissance et en qualité, Girl n’est pas un film sur le transsexualisme. Girl nous donne à voir un film sur une adolescente de 16 ans, typique, pour qui rien ne va assez vite. Son corps change, mais pas comme elle le souhaiterait, les médecins doivent d’ailleurs la freiner sur les doses de traitement hormonal qu’elle ingère. Lara est une femme en devenir, une femme en puissance et souhaite voire ses seins pousser, son corps se développer et ce sexe proéminent disparaître autant qu’elle souhaite accéder à la vie pour laquelle elle travaille d’arrâche pied. C’est en fait l’histoire d’une passion, d’une folle envie de vie.

Ce que je ne vous ai pas révélé c’est que Lara a un projet. Celui de devenir danseuse étoile. Elle s’entraîne chaque jour au sein de l’école qu’elle a intégrée. Nous sommes alors amenés à être les témoins de la souffrance terrible qu’elle doit faire subir à son corps, à ses pieds qu’elle malmène jusqu’au sang, répétitions et travail quotidien obligent. Cette souffrance physique qu’elle s’inflige mais qui fait partie de son projet professionnel (devenir danseuse) devient alors l’analogie de sa souffrance, cette souffrance de ne pas être encore véritablement femme.

Le film gagne encore plus à éviter tous les poncifs dans lesquels il aurait facilement pu se vautrer. Son père la soutient. Il n’y a aucun tabou, aucun conflit intra familial.

L’amour est là.  Sa fille est née dans le mauvais corps, il faut rétablir cette vérité là. En ce sens, ce film m’a permis de toucher du doigt ce que peut être le ressenti des transgenres ce qui me passait à mille lieues jusque là. Admettons que parfois, la médecine est en retard, et pas du tout en adéquation avec la réalité de certaines personnes.

Girl montre cela brillamment, avec la maturité qui permet de sonder l’âme humaine sans jamais tomber dans les lourdeurs d’un certain didactisme. Cette histoire est narrée avec brio.

Dire que ce film est l’oeuvre d’une jeune réal de 26 ans dont c’est le premier film.

Enfin, le film ne serait rien sans ce jeune acteur Victor Polster dont c’est là le premier rôle. Il est apprenti danseur à la base (comme Lara !) et on le remercie d’apporter tant de grâce à ce rôle sans aucun doute complexe à incarner.

Un grand film.

Le film sortira le 10 octobre prochain.