État gripal

État gripal

Point de grands effets, au contraire : peu de plans, et des plans qui s’allongent comme pour nous laisser entrer véritablement dans l’univers et le quotidien de Pierre, cet agriculteur de 35 ans qui voue sa vie à ses vaches dont il s’occupe jour et nuit.
Ce que j’aime dans ce genre de cinéma immersif, c’est sa capacité à nous emmener dans un univers auquel nous ne connaissons rien pour au final nous permettre de vivre, pleinement, ce que connait et ressent le personnage principal.
C’est ici le pari que réussi ce film, court et efficace : 1h30, qui narre l’histoire de Pierre dont l’élevage risque de lui être confisqué à cause d’une bactérie qui court dans la région et au delà et qui risquerait de lui faire perdre toutes ses vaches, autant dire son métier, sa vie.

C’est dans la catégorie du drame qu’est rangé ce film et c’est comme un thriller qu’il est conçu.

On suit le personnage dans ses tentatives multiples, qui, souvent, ne respectent pas la loi mais qui toujours ont pour but de sauver son « patrimoine ». Ici le terme est très mal choisi puisque ce n’est nullement pour l’argent que Pierre cherche à sauver ses « godelles » mais bel et bien en guise d’amour pour elles. A l’image de l’affiche du film, l’agriculteur vit en collectivité avec ses vaches, il vit au milieu d’elles, elle représentent son quotidien bien plus que sa Soeur vétérinaire qu’il voit uniquement comme un médecin capable de l’accompagner dans les soins qu’il octroie à ses vaches et bien plus encore que ses parents qui ne font qu’envahir son chemin et sa vie.

Le film évoque subtilement la passion d’un métier vu comme étant un métier au rabais dans une société capitaliste cf cette scène de « date » durant laquelle la boulangère lui assène un « tu sais ça ne me gène pas que tu sois agriculteur, je m’en fiche » auquel il rétorque une non compréhension : comment pourrait-il penser que son métier est perçu par certains comme étant un métier un peu crade, peu glam ou encore plouc, lui qui ne vit que par et pour l’amour qu’il a pour cette activité. Je trouve cet aspect très doux et délicatement évoqué.

Enfin, cette fin qui aura amené notre agriculteur (je ne l’ai pas encore dit mais excellent Swan Arlaud au regard à la fois inquiétant et d’une douceur infinie) sur un chemin apaisé qui peut-être le conduira vers des projets autres et plus diversifiés.
Cette fin me questionne pour tout vous dire mais le sentir apaisé est la plus belle des réponse que le film pouvait nous laisser.
Il représente est en tout état de cause une très belle déclaration d’amour à une profession trop souvent caricaturée et dénigrée.

Du vrai, du pur, un peu d’authenticité bien appréciée.