Dunkerque

Dunkerque

La sensation de rentrer bredouille. Ce sentiment de défaite. Cet accueil en héros de la nation.

C’est là toute l’essence de Dunkerque, ce film de guerre signé Christopher Nolan (la trilogie Batman, Inception…) qui retrace la semaine d’horreur qu’ont vécu les troupes anglaises en 1940 sur les plages du Nord alors qu’ils tentaient un débarquement en vue d’aider leurs alliés, nos chers compatriotes – et aïeux- français.

Seulement, les choses ne se sont véritablement passées comme prévu et ces anglais se sont vus retranchés sur la plage avec pour nul autre but que de se faire canarder par l’ennemi allemand présent dans les airs, sur terre et sur mer, autant dire dans chaque recoin.

Les premières secondes du film, déjà, vous embarquent. Cette avancée, lente, dans les rues de Dunkerque, aux aguets avait déjà commencé à me flanquer un sérieux mal de tripes. Et c’est alors que l’action débute et bat son plein avec cette poursuite qui nous mène alors jusque sur la plage, comme délimitée par 2 grands pilonnes qui nous disent – jolie idée de mise en scène – le cloisonnement de ces hommes abandonnés à leur sort dans un espace tellement vaste.

Dès lors, au moment où « nous arrivons » nous comprenons qu’il est déjà trop tard, que l’ennemi frappe sans que les anglais puissent réellement répliquer et que tous les esprits et regards sont tournés vers leur patrie aimée, si proche et si loin à la fois. Une patrie qu’il faut regagner à tout prix.

L’heure 45 de film nous plonge dans l’atrocité de ce qu’ont vécu ces hommes fatigués par un besoin de rester, sans jamais un instant de répit, aux aguets.

L’aspect quasi mutique du film (il y a très peu de dialogue) renforce ce côté atroce et cet atermoiement dans lequel se trouvent les troupes, acculées. Cette situation de crise a ôté leurs mots à ces hommes transis de peur, de froid, de faim, de tout. La question est de savoir comment survivre.

La réalisation est extrêmement quali. Le film a été tourné pour sa majeure partie dans les rues et sur les plages donc de Dunkerque, j’ai cru reconnaître à certains moments un travail réalisé en studio notamment pour ce qui est des scènes de chaos maritime. Les scènes d’aviation m’ont quasi subjuguées tant elles sont d’une force de frappe incroyable. Elles symbolisent à elles seules toute la tension que fut cette guerre de non dits, cette guerre de bruts où seuls ceux qui gardent leur sang froid (sans mauvais jeu de mot) ont une chance de s’en sortir.

A ce niveau, Tom Hardy excelle dans le rôle de cet aviateur anglais qui met sa moelle pour remplir sa mission. Il est ici à nouveau masqué (après son rôle de Bane dans le dernier Batman également signé Nolan) et parvient à exprimer à la fois tension extrême et maîtrise totale de soi. Un exploit. Il incarne cet homme peu loquace mais bel et bien présent avec brio et charisme.

Enfin, ce bel et émouvant hommage à ces civiles, hommes et femmes, qui, portés par l’envie de venir en aide à leurs compatriotes, décident de gagner Dunkerque sur leurs bateaux de plaisance pour repêcher les soldats : la caution émotion d’un film puissant et sans faux semblant.

Un mot sur la musique, comme souvent chez Nolan, signée Hans Zimmer qui ne fait qu’accentuer la puissance et l’urgence de filmer une vérité et un pan de l’Histoire que peu connaissaient jusque là.

Enfin, cet ennemi allemand présent à chaque instant mais jamais visible offre une touche peu banale à un film de genre qui – pourrait-on dire – réinvente le genre du film de guerre « classique » tel que nous le connaissions jusque là.

Dunkerque n’est pour ainsi dire pas un film de guerre mais bel et bien un film sur la guerre. Et véritablement un film de survie. D’où l’humanité forte du film.