Dheepan, Palme d'Or du Festival de Cannes 2015

Dheepan, Palme d’Or du Festival de Cannes 2015

Petit sondage rapide : vous êtes déjà allés voir Dheepan, la belle Palme d’or de notre tout dernier Festival de Cannes ?

Pour rappel je vous en parlais en ces termes en mai dernier lors de ma découverte du film lors du Festival :

Dheepan de Jacques Audiard, compétition officielle

  • Audiard, si vous me suivez vous savez que j’aime ce réalisateur de tout cœur. Son prophète est clairement le film français le plus fort que j’ai vu depuis des années et l’un de mes films préférés.
  • Jacques Audiard a cette excellence et cette maestria lorsqu’il s’agit de diriger des acteurs. Et puis surtout, il a ce goût des gens. Il porte aux gens, d’où qu’ils viennent et surtout « de la rue » un respect et un amour inconditionnels qui se reflète très fortement dans ses films. Rien de plus fort pour me toucher et me plaire. Il aime ceux que beaucoup ne remarquent pas. Il se met du côté des opprimés (sans que cela ne semble mielleux, jamais)
  • Il dépeint ici l’histoire d’un homme (Dheepan), d’une femme et d’une petite fille, famille inventée pour espérer trouver une place dans un des bateaux qui les mènera du Sri Lanka leur pays d’origine jusqu’en France, terre d’asile.
  • De l’horreur de la guerre vers la douceur de vivre. En substance. Car bien sûr nous connaissons le sort (le connaissons nous vraiment) des immigrés arrivant sur notre sol.
  • La famille arrive dans une cité dite « chaude » du Pré Saint Gervais et va commencer l’intégration grâce à un poste de gardien pour monsieur, un poste de femme de ménage / aide de vie pour madame et l’école publique pour mademoiselle. Le film est alors à son apogée dans la justesse du propos, l’humanité qui s’en dégage et la réalité de la difficulté du phénomène d’intégration.
  • Je me régale.
  • Mais le film va vite déraper et nous emmener dans une seconde partie qui tire en longueur (du jamais vu jusque là chez Audiard) et un propos quelque peu « questionnable » dirons nous, pour finalement nous servir en guise d’apogée une fin que je considère comme étant sans aucun doute réaliste mais trop facile. Disons le, Jacques Audiard est fâché contre son pays en lequel il ne semble plus croire. A juste titre sans doute, je ne peux pas le contredire.
  • Mais je reste sur ma fin / faim.

Il s’avère que j’ai revu le film cette semaine et reste dubitative quant à la partie quelque peu « testostéronée » (je ne voudrais pas vous dévoiler les détails de cette partie du film et reste donc évasive) et par cette fin qui me rend triste. Est-il donc vrai qu’il nous est impossible si ce n’est d’accueillir les migrants / réfugiés, de les intégrer, de les regarder, de les respecter, de les recevoir au sein même de notre pays ?

Est-il vrai que notre pays soit devenu un lieu de violence, de haine, de non droits, de folie ?

Oui cette palme d’or est politique et polémique et j’aime que ce réalisateur, que j’aime tant, soit en mesure de nous prouver une nouvelle fois à quel point il voit les gens.

J’ai eu des frissons à plusieurs reprises tant il est en mesure de poser un regard doux et humain (et on ne voit pas cela tous les jours) sur cet homme, cette femme et cette jeune fille. C’est puissant !

J’ai particulièrement aimé et été touchée par l’ellipse du début lorsque Dheepan et sa (fausse) famille embarquent sur le bateau qui les mènera jusqu’en France suivie de cette musique qui nous enivre et cette lumière bleue qui clignote et s’avère être tout autre chose que ce à quoi l’on pensait.

C’est ça justement que j’aime dans le cinéma de Jacques Audiard. Il est bien loin et bien au dessus de ce que l’on est habitué à voir dans le cinéma. Il nous emmène ailleurs, dans une autre dimension sans jamais s’éloigner du réel et du concret de la vie.

Pour finir je continue de dire qu’Audiard est clairement maître en la matière lorsqu’il s’agit de filmer la banlieue et sa dureté. Il sait la portraiturer avec toutes ses difficultés mais sans jamais catégoriser ou caricaturer. Je n’ai pas de preuve de ce que j’avance, c’est uniquement de l’ordre du ressenti mais c’est cela le cinéma après tout n’est-ce pas ? Une dose de critique objective est utile mais le but est avant tout de laisser parler son cœur non ?!

Allez voir Dheepan. Un film qui résonne.