Cannes 70 : 3ème

Cannes 70 : 3ème

Un film qui réussit le pari de me faire rire et pleurer en même temps a déjà gagné. Quelle maestria faut-il pour parvenir à cela ? À convier chez le spectateur (ou du moins la spectatrice que je suis) autant d’émotions en un même instant ? Je ne me dis jamais cela car mon but premier n’est pas de réaliser un film mais là, si je devais en réaliser un, c’est à ce genre de film que j’aimerais parvenir à donner vie.
Le point de départ semble pourtant assez éloigné de ce que j’aime voir au cinéma : il comporte « ce petit quelque chose de fantastique et de fantasmagorique » qui n’est pas toujours de mon goût. Là pourtant (la magie de Cannes ?) le film m’a emporté dès son prologue rythmé par le discours d’une Tilda Swinton électrisée.
Elle joue le rôle, dans ce film, d’une héritière d’un grand groupe de l’industrie agro-alimentaire qui fabrique des cochons à la chaîne et sous OGM pour, d’après ses dires nourrir les 7 milliards d’habitants de cette planète. Pour booster sa communication, l’entreprise a confié quelques cochons à des familles de fermiers à travers le globe, pour qu’ils les élèvent « au bon air » et organise un grand concours pour élire « le plus beau cochon OGMisé ».

A quelques milliers de kilomètres de là, dans la campagne et les montagnes de Séoul, nous faisons le découverte et la connaissance de cette petite fille qui vit seule avec son grand père. Elle et son gros cochon Okja (ne riez pas, vous aussi avez eu un animal de compagnie que vous avez aimé plus que tout) sont comme les deux doigts de la main. Okja est son ami, le seul. Une forte et belle relation s’est nouée entre eux. Leur union semble indestructible.
La première partie du film nous donne alors à voir toute l’essence de l’innocence d’une enfance joyeuse, passée au « grand air » et remplie d’amour et de joie de vivre entre aventures et bêtises d’enfants.

Mais lorsque l’équipe du groupe Mirando débarque pour annoncer qu’Okja est le grand vainqueur du concours et doit aller à NYC, l’affaire prend un tout autre tournant. Mija (la petite fille et actrice sublime qui est de presque tous les plans) refuse de voir son Okja partir seule en terre inconnue et brave les interdits pour bien empêcher la séparation.

S’en suit une Aventure comme jamais elle n’en a jamais vécu. C’est aidée par le Front de Libération des Animaux (FLA) que Mija enchaîne les péripéties et brave les interdits.

Vous l’aurez sans doute compris, ce film est un vrai coup de gueule contre l’industrie agro-alimentaire elle même fabriquée par cette société de consommation qui est la notre et qui contraint les « petits agriculteurs » (mais les seuls à véritablement connaître le métier) à la faillite… pour une industrie qui entend donner à manger au quelque 7 milliards… ll y a une marge de progrès et une véritable hypocrisie.

Ne bougez plus j’ai trouvé notre « ET génération 4.0, décennie OGM ».

Tout comme ET, Okja montre également les tourments du passage de l’enfance à l’âge adolescent. De ce qu’il nous faut laisser derrière pour avancer. De cette maturité qu’il faut gagner et de ces combats qu’il faut mener pour y parvenir.

C’est beau à en pleurer tant la détermination qui étreint cette fille est prégnante.

Le cast américain (le film est signé Bong Joon Ho, réal coréen) est donc composé de Tilda Swinton, de Paul Dano et de Jake Gyllenhaal qui livre ici une drôle de prestation dans le rôle de ce professeur foldingue à mi chemin entre l’inspecteur gadget et le savant fou des dessins animés de notre enfance.

Voici donc ce qui est sans doute le premier film écolo de cette édition. Une merveille !

Le film fait parler de lui non pas pour ses qualités cinématographiques mais parce qu’il est co-produit par Netflix et qu’il ne sortira pas en salles.
Il n’en a pas fallu plus pour créer la polémique. La presse a hué le logo Netflix dès qu’il est apparu à l’écran et Pedro Almodovar a annoncé la couleur en disant qu’il ne se voyait pas remettre une palme à un film qui ne sortirait pas en salles. Ambiance !
Me concernant, cette affaire me permet de revoir mes certitudes.
Si pour moi le cinéma se « déguste » en salles, j’entends autour de moi ces gens, amis, famille… qui aiment le cinéma sans pour autant aimer l’expérience de la salle et qui découvrent des films grâce à des plateformes telles que Netflix ou Amazon. (J’ai moi même un abonnement Netflix mais plus pour les séries et pour revoir des films que je connais déjà). J’entends également des réal (comme Noémie Saglio avec qui j’avais pu échanger sur le sujet lors d’une émission La grande séance sur Séance Radio avec Bruno Cras) dirent leur intérêt pour Netflix qui facilite grandement le travail concernant l’exploitation de leur film. Car j’ai conscience qu’il en faut du courage, de la volonté, de l’argent et du temps pour qu’un projet cinématographique voie le jour jusque dans nos salles obscures. Si même Scorsese a cédé les droits de son prochain film à Netflix, il devient clair qu’un tournant est en train d’être pris.
Le cinéma de demain est à inventer. Et comme Tilda j’en viens à me dire qu’il doit bien y avoir de la place pour tout le monde, pour toutes les envies. Je pense également que le cinéma en salles, contrairement à ce que l’on peut dire, n’est pas mort. L’humain cinéphile a trop besoin de cette expérience commune identique à celle, puissante et ubuesque que nous a offert, ce matin, cet Okja.

Okja sera donc disponible sur Netflix à compter du 28 juin prochain.

Je dois tout de même faire un apparté avant de vous parler du film lié à cette affiche. Je suis sur mon iPad (une page de pub au passage) en train de chercher une photo pour orner cet article et surtout évoquer le film que dont je m’apprête à vous parler et voilà que Juliette elle même s’arrête à côté de moi toute en longue robe blanche (sublime) mais en décontraction. Une inception comme seul Cannes en a le secret. Nous avons échangé un sourir tout en sympathie ! J’aurais aimé qu’elle voie mon écran !

Ce film donc venons en, il s’agit du film de Claire Denis présenté à La Quinzaine des réalisateurs : Un beau soleil intérieur.

Un soleil donc : Juliette, solaire mais un peu lunaire aussi. La 50aine resplendissante, artiste peintre et disons le paumée. La femme qu’interprète Juliette B est de celles qui ne savent rester seule. De celles qui ont besoin d’une épaule, de bras et d’écoute. Elle enchaine les histoires, n’est attirée que par de sombres losers au cœur d’histoires de couples lamentables et périmées et forcément, n’y trouve ni son compte (ou juste le temps d’un moment) ni son bonheur. Ce film est loufoque mais très touchant. On rit beaucoup mais l’émotion est palpable, nul doute.
À l’image de Binoche (que je n’avais pas vu aussi bonne depuis un moment – son rôle dans la série 10% mis à part), qui parvient à rire et à pleurer en même temps, sur une même scène.
Autour de ce soleil, des étoiles telles que Josiane Balasko (superbe et belle !), Denis Podalydes mais surtout le Grand Gérard Depardieu qui – pour ne rien vous spoiler, arrive dans les 10 dernières minutes du film mais dynamite tout. Dans le rôle de ce voyant (oui Gégé en voyant il fallait y penser !) il montre l’envergure de son jeu et l’on fond face à l’incrédulité du personnage de Juliette et au charisme de notre Gégé qui, doux comme un agneau, avance masqué. J’adore !