Cannes 70 : 1ère et 2ème

Cannes 70 : 1ère et 2ème

Me voilà de nouveau en marches !

Je n’ai plus trop rien de la débutante, je débute mon 5ème Cannes. Et pourtant, le bonheur et l’excitation sont toujours aussi intenses. Cette montée d’enthousiasme lorsque je réalise que je quitte Paris (pour mieux la retrouver ensuite) pour aller vers cette ville monde, cette ville fantasque, cette ville fière et festive, cette ville lumineuse, cette ville cinématographique, cette ville festivalière. Je comprends alors qu’il y a véritablement des sentiments qui ne connaissent pas l’usure.
Je vous passerai les détails du retard du train causé par un incendie en bordure de voie, de la valise beaucoup trop lourde que j’ai du mal à gérer moi même (!) et de cette file d’attente pour récupérer mon accréditation (mon badge, mon sésame orné cette année d’un badge rouge qui raconte tout sorte de choses et souvent des clichés liés au Festival du type « j’ai vu le film hongrois sous titré ouzbek et j’ai rien pigé », un peu facile mais passons, le mien est fun et sympa et dit « Do you have an extra invitation » car oui, pour le coup, Cannes est de ces lieux où les bons plans s’échangent. Cette année, la sécurité est renforcée pour les raisons que nous connaissons, mais je sens déjà l’ensemble des festivaliers dirent haut et fort que cela n’empiètera pas sur notre bonne humeur et notre bonheur d’être là.

Cannes est véritablement une « ville monde » en ce sens où se côtoient toutes sortes de personnes. Chaque année je vous rabâche la même chose mais c’est véritablement troublant : vous trouvez ici le pire du mauvais gout (mais genre vraiment le pire) et la plus belle des tenues que vous ne pourriez imaginer, les gens les plus conviviaux et les plus pénibles (gosh on est à J2 et j’ai déjà entendu TROP de râleurs !) à croire que le cinéma ouvre ses portes à tous : à celui qui semble n’être ici que par obligation à celui qui, blasé, ne sait plus s’émerveiller, en passant par l’amoureux transi de cinéma qui vient faire ici sa cure annuelle (j’en suis, même s’il m’arrive de râler aussi mais pas ici).

Bref, le renouveau de la vie nous offre cette merveille qu’est le festival de Cannes, qui fête cette année son 70ème anniversaire. Il y a de quoi célébrer ne serait-ce qu’avec cette sélection qui m’apparait comme étant à la fois tendre, rugueuse et parfois nostalgique.

En marches les amis, c’est parti !

J’ai vu ce matin le tout premier film en compèt : Wonderstruck de todd Haynes (qui nous a récemment livré son Carol qui a été adoré et que je n’avais franchement pas aimé).
Un délice de débuter avec ce bijou de Cinéma, hommage au muet qui propose un vrai travail sur le son, la sonorité, la musique (ahhh cette version alternative de Major Tom de Bowie <3) et l’image également.
Si le film manque peut être de panache par moments (comprenez qu’il a de légères longueurs), je me suis laissée portée par l’épopée de ces deux enfants – tantôt en noir et blanc avec des filtres dignes des grands classiques hollywoodiens – tantôt en couleurs pour une immersion dans le New York populaire des 70’s : du pur bonheur pour les yeux et les oreilles !
Ce film est une pérégrination vers la recherche de soi (comme souvent au cinéma me direz-vous), la pureté est totale et les envolées merveilleuses. C’est une ode à l’amitié et à la curiosité.
« Nous sommes tous dans le caniveau mais certains regardent vers les étoiles ». Cette phrase nous est répétée à plusieurs reprises durant le film comme un mantra qui nous dit l’importance de chercher, savoir, avancer, s’affirmer et se connaitre.
Si elles laissent briller les deux enfants qui ont en fait le rôle principal, Julianne Moore et Michele Williams illuminent le film de leur présence et de leur gestuelle douce et épurée.
C’est cela en fait ce film : de la douceur et de l’épure sous couvert d’un vrai travail approfondi. L’essence du cinéma ?
On commence fort !

Décidément, cette première journée cannoise sera donc celle de l’hommage au cinéma. Wonderstruck ce matin nous livrait une œuvre riche et douce sur les périples de l’enfance et surtout une ode au cinéma.
C’est bel et bien une ode au cinéma que nous livre Mathieu Amalric avec son attendu Barbara qui ouvrait la compétition « Un Certain Regard » en compagnie de Thierry Frémaux et du jury dirigé par Uma Thurman, excusez du peu (quel glamour cette femme).
Barbara est ce que l’on pourrait qualifier « d’anti biopic ». Le film n’est pas une succession de pan de vie de la femme artiste mais bel et bien une réelle incursion dans son âme, dans ce qui fut l’essence de sa vie.
Jeanne Balibar prête ses traits à la longue dame brune (qui d’autre en vrai ?) et ce qui se passe à l’écran est de l’ordre de la magie. Oui, la magie opère et l’on ne fait plus la différence entre les images d’archive, la voix de Barbara et celle de Jeanne / Brigitte, la vie fantasque de l’une et de l’autre, les pérégrinations nocturnes des deux femmes.
C’est lancinant et doux, et fort, et puissant et prenant. Je ne saurai vous dire pourquoi mais j’ai versé des larmes. Je sais très bien pourquoi, car la pellicule est imbibée d’amour, de passion et de respect et l’amour sublime tout et le sublime émeut.
Si Jeanne Balibar semble être la réincarnation de Barbara c’est aussi (surtout ?) dans les yeux de Mathieu Amalric (qui joue également dans le film) qu’elle reprend vie et qu’elle nous émeut.
Une sorte de boucle invisible et invincible à l’image de ce film dans le film du film de la vie de Barbara. Franchement une leçon de cinéma.