After Cannes arlésien

After Cannes arlésien

Cette année mon Cannes fut plus court. 7 jours sur place au lieu des 12 l’an passé. Ce n’est pas pour autant que j’ai moins profité. L’aventure fut tout aussi forte, si vous m’avez lue, vous savez !

Mon Cannes s’est en tout cas poursuivi dans la ville de notre nouvelle ministre de la Culture, j’ai nommé la belle (et en plein boum) Arles. Plus précisément encore, mon Cannes s’est poursuivi dans le cinéma Actes Sud, au plus près donc, je le disais, de notre nouvelle ministre.

J’ai vu Ces fameux fantômes d’Ismael, qui avait été projeté le soir même de l’ouverture du Festival.

Desplechin est de retour avec un Dédalus, un Ismael, une Sylvia… son méli mélo de personnages sort le grand jeu. Il retrouve Marion Cotillard avec qui il avait tourné il y a 20 ans, à ses tout début, fait jouer Charlotte Gainsbourg pour la toute première fois alors que, d’après leurs dires, ils se tournaient autour depuis des années, et magnifie une nouvelle fois son double, son « lui dans le miroir », son avatar : Mathieu Amalric. Oh oui, que les liens cinématographiques sont forts entre eux. Desplechin a trouvé là LA personne capable de lui faire vivre, sortir, exprimer tout ce que son surmoi ou juste son inconscient ne lui permettent de vivre « en vrai ».

C’est là la force du cinéma de Desplechin et ce pourquoi son univers me plait. Une certaine fascination s’est intallée.

Sauf que là… Certes l’effet de surprise est toujours là. J’aime que l’on passe du presque polar, du film d’enquête en tout cas à celui plus lent et subtile, de l’histoire d’amour « animée » pour ensuite aller vers la tourmente et la presque gestion de crise.

Les références sont nombreuses (et je ne les ai pas toutes saisies, ça non sans aucun doute) mais c’est là justement ce que je reproche à ce film. Son trop plein de tout.

Ca se regarde un peu le nombril au final alors que oui, l’essence de vie est là, l’esprit de création aussi et la volonté de sonder le passé pour avancer encore un peu bon an mal an, comme on peut, avec les casseroles que l’on traine et les travers qui sont les nôtres.

Mis à part cela, je ne saisis pas plus que ça le sens de ce film assez lourd au final quoique filé à l’or fin et fort d’une délicatesse incroyable.

Charlotte Gainsbourg est assez admirable (elle qui se trouve des complexes de « fille de ») dans le rôle de cette femme « d’entre deux ». Elle est sans cesse entre l’explosion de vie et la retenue extrême. Généralement très (trop ?) passive mais très présente. Elle joue très bien cette dualité là.

Marion Cotillard  en revanche ne trouve pas là son plus beau rôle. Si j’osais je dirais même que je l’ai trouvée totalement à côté de la plaque. Trop maniérée et absente. Comme pas incarnée. Sans doute me direz vous, que cela est du au rôle. Soit.

Mathieu Amalric lui, donne tout. Lui qui dit être besogneux, donne cette impression de suivre au doigt et à l’œil ce que lui dicte Desplechin ou alors c’est juste qu’ils sont siamois sans le savoir ou qu’ils ont tout compris l’un de l’autre au fil des rôles, au fil des collaborations. Quelque chose se passe entre les deux c’est évident.

Mathieu Amalric se fait alors l’incarnation de Desplechin et de ce qu’il a au fond du coeur et au fond de l’âme. Un beau moyen de servir l’art. Car oui, quoiqu’il en soit, c’est d’art dont il s’agit. L’art de porter quelque chose vers le regard du spectateur.