Blade Runner 2049

Blade Runner 2049

2049, j’aurai 67 ans (oui je suis née l’année de Blade Runner, l’original que je n’ai jamais vu d’ailleurs). Il pleuvra tous les jours, neigera parfois, l’ambiance sera bien morose, quelques arbres, morts, parsèmeront nos chemins empruntés par voie aérienne, on tombera amoureux d’Intelligences Artificielles que l’on remplacera dès lors qu’ils / elles ne répondront plus à nos attentes et besoins. Par ci par là, les derniers humains – comprenez, des hommes et des femmes nés du ventre d’une femme côtoieront des réplicants : ces êtres humains crées de toutes pièces par des corporatismes qui auront la main mise sur ce monde moderne.

La civilisation qui est la nôtre verra ses plus belles créations disparaître peu à peu, par ci par là, une œuvre d’art, un instrument de musique autrefois usité alors remplacés par des hologrammes de nos chanteurs préférés.

Le monde sera lunaire et froid. Jamais alors on aura pu voir de si haut, de si loin, et jamais on n’aura été aussi seuls, et tristes, et mélancoliques.

C’est la fin d’une civilisation que dépeint ce Blade Runner 2049 avec la précision des meilleurs.

La SF moi… vous savez. Et Denis Villeneuve (attention je n’ai jamais vu Incendies et à vous entendre je pense que je pourrais changer d’avis) ne m’emballe pas plus que ça (je suis une des rares à avoir trouvé Prisonners chiant et long, Sicario banal et Premier Contact sans grand intérêt, oui pardon.)

Mais là… quelque chose de l’ordre de la magie s’opère. Je suis comme magnétisée par ce qu’il porte à l’écran. Ce chaud / froid constant (le bleu et le rouge), cette force des contrastes, cette lenteur inquiétante qui semble vouloir nous dire « attention, c’est de la sorte que vous souhaitez vivre ? Vous avez encore le choix, une chance d’échapper à cette évolution précaire, peu encline au bonheur ».

Ryan… même de dos, de loin dans la brume, il a un charisme fou. La force et le charisme des purs et des vrais

Blade Runner 2049 c’est en fait ces aphorismes et cette façon de nous dire l’importance de cette petite mélancolie qui est en chacun d’entre nous, l’importance de notre Histoire et de nos racines. Comme cette petite musique qui résonne dès lors que K (Ryan Gosling tout simplement magnétique et charismatique au possible) reçoit une notif sur son portable (appelle t-on seulement cela encore un portable) : la musique de Pierre et le Loup qui a bercé mon enfance et qui en un instant me ramène vers ces temps passés.

Si le film ne vaut pas particulièrement pour la teneur de son scénario – quoique, il est tout de même question de la filiation, de l’Histoire personnelle de chacun d’entre nous qui ne sont pas les sujets les plus banals qui soient – c’est surtout pour la qualité de sa mise en scène et de ces plans sublimes.

Cette mise en scène qui va doucement, se balade, prend le temps de nous emmener est d’une maitrise parfaite. Les plans jamais égaux, qui misent sur la profondeur de champ sont un moyen de marquer le contraste avec le gros blockbuster que l’on s’apprétait à voir.

Et puis disons le, certains plans sont à couper le souffle. La musique tantôt lanscinante tantôt d’une puissance extrême souffle elle aussi le chaud et le froid sur ce film important. Important par ce qu’il dit de notre monde et de la façon dont on vit aujourd’hui et ce vers quoi l’on se dirige tout doucement.